vendredi 12 décembre 2008

Le capitalisme promoteur de l’interculturel (1/2) : Souvenirs du Japon

Aujourd’hui ma journée a démarré comme il se doit au sein d’une grande entreprise française ; par une réunion de 2 heures. Ma chef et moi devions rencontrer un ingénieur japonais qui doit peut être rejoindre notre équipe. J’avais déjà eu l’occasion de le rencontrer au cours d’un déplacement à Milan ; cette rencontre du troisième type m’a laissé un souvenir intarissable. Non pas que je sois « nippophobe » mais l’individu en question était très bizarre même pour un Jap (et ce n’est pas anodin comme affirmation croyez moi).
Au cours de l’entretien en question où pourtant il y avait des français, des italiens, un indien, deux kazakhes et moi-même, il avait mis tout le monde d’accord sur le fossé culturel qui séparait son peuple de tous les autres et plus particulièrement la divergence de sa configuration mentale par rapport à la norme humaine. Il s’était lancé, une heure durant, dans un anglais plus qu’approximatif, dans la présentation d’un obscur logiciel de modélisation. Sa présentation était truffée de graphes et de tableaux de chiffres énigmatiques qui semblaient pourtant lui paraître limpides vu l’excitation dont il faisait montre à chaque fois qu’une nouvelle diapositive apparaissait à l’écran. Ce qui était encore plus déroutant, c’est qu’il utilisait des mots anglais (enfin à 90%) mais les phrases en résultant n’avaient aucun sens en anglais. Il était d’autant plus difficile de le suivre que toute demande d’explication se heurtait invariablement à un sourire figé, un roulement complet des yeux (j’exagère peut être mais je me rappelle que ça me faisait flipper vachement), le tout ponctué par une série d’onomatopées propres aux japonais comme « ohhhhhh, hhhha » etc etc… A la suite de quoi, il reprenait son récit d’origine comme si de rien n’était. Nous nous regardions médusés conscients d’être témoins d’un spectacle rare. Au bout d’un moment, comme nous commencions tous à nous endormir, sa boss dut l’arrêter en insistant à plusieurs reprises. Il finit par se taire, un peu vexé (il fronçait très fortement les sourcils) mais, de temps en temps, comme si quelqu’un avait appuyé sur play, il reprenait une démonstration inachevée pour nous convaincre du bien fondé de son raisonnement ésotérique. Je n’en pouvais plus ; mes côtes allaient exploser mais je me retenais car les autres participants semblaient plus agacés qu’amusés. Alors que franchement, les occasions de se marrer en meeting sont tellement rares à moins d’être d’une perversité sans bornes…

C’est donc avec ce souvenir loufoque que j’entamais ma seconde « confrontation ». D’entrée de jeu, Motoyashi (que j’ai appellé Yamamoto tout le long de la réunion) mit la barre très haut ; il déplia, sans un mot, deux feuilles A3 sur la table. L’une comportait une centaine de lignes de calcul colorées en fluo, l’autre un graphe bizarre avec des flèches et des dessins partout. Ca y est ; c’est reparti pour un tour ! Mais étant rôdé cette fois, je mis mes écoutilles en off et me concentrai sur ses traits du visage puisqu’il était juste devant moi. Cheveux couleur jais, coupe au bol, yeux bridés, hochement de tête caractéristique, débit de paroles saccadé et avec des changements de tonalités brusques. Rien de bien original pour un Jap, somme toute.

De temps en temps, je lui posais une question afin d’apporter ma contribution à la réunionite. Il me répondait poliment à chaque fois « yes yes », je lui demandais s’il avait compris la question pour vérifier et il me répondait aussitôt « no ! ». Son comportement déconcertant suscitait des regards complices entre moi et ma boss ; cet homme a, en plus, des pouvoirs magiques !

A l’issue de cette réunion totalement stérile, Moto me suivit, de son propre chef, dans mon bureau. J’étais un peu gêné car je ne savais pas trop quoi lui dire. Heureusement, qu’il vit, très vite, Tokyo mon chat porte bonheur. Il s’extasia dessus comme un gamin ; je lui racontai brièvement mon voyage dans son pays natal jusqu’à l’heure du déjeuner. Déjeuner qui fut, par ailleurs, l’occasion d’une grande première puisque je déjeunai pour la première fois avec ma chef. Mais comme je n’avais pas le cœur d’abandonner le pauvre Moto entre les griffes de cette sangsue, je vins donc à la rescousse. Quoiqu’en y réfléchissant bien, vu le bordel que c’est dans la tête de notre invité nippon, c’est peut être à elle que j’ai sauvé la vie (meeerde !). On aurait pu la retrouver ligotée à poil au milieu du parking avec un entonnoir rempli de limaces planté entre les cuisses et un autre rempli d’excréments dans la bouche pour à la fois la nourrir et l’empêcher de crier (le sens pratique des japonais n’est plus à prouver). C’est peut être moi qui suis malade finalement…

Enfin bref, l’élan de nostalgie qu’il suscita en moi me donna l’envie de vous raconter mon voyage au pays où le soleil n’est ni moins ni plus levant que dans les autres. Je tiens quand même à vous avertir cher(s) lecteur(s) :
Avertissement : A tous ceux qui s’attendent à un guide de voyage au Japon personnalisé, je dis la chose suivante : allez acheter un guide du routard ou un Lonely Planet à jour et revenez lire la suite. Dans le récit qui suis, je vais plutôt m’attacher à raconter mon expérience personnelle du pays sans m’appesantir sur les détails touristiques ni me doter d’une réelle cohérence spatio-temporelle (j’aime bien ce mot ; il fait tellement science fiction).

Rentrons directement dans le vif du sujet. Je fais un fast forward sur les 12h de vols aussi durs que longs à s’enfiler.
Dès l’arrivée, la différence culturelle se faisait sentir et je ne parle pas du fait que tout le monde soit bridé. Ma première expérience d’altérité fut à l’occasion de ma première cigarette sur le sol japonais. Cela faisait bien 6h que j’en rêvais déjà ! Je me précipite donc hors de l’aéroport et sors une savoureuse clope de mon paquet en me délectant à l’avance du goût de nicotine qui allait sous peu envahir mes papilles et mes poumons. Juste avant de l’allumer, je me rends compte que les autochtones me regardent de travers ; je regarde autour de moi et découvre un gros écriteau sur lequel il est marqué : « please do not smoke out of the smoking area ». La smoking area en question était à l’autre bout de l’aéroport ; il s’agit en fait d’une petite serre où les fumeurs s’entassent comme des condamnés autour de hôtes aspirantes à l’efficacité remarquable. L’air à l’intérieur était, néanmoins, tellement chargé en fumée qu’il n’y avait même pas à sortir sa cigarette pour augmenter ses chances d’attraper le cancer. J’ai trouvé cette technique de dissuasion très subtile ; « vous pouvez fumer si ça vous chante mais vous aller en chier comme un fantassin à Okinawa ». En même temps, je n’en ai pas trop souffert puisque mon respect des « smoking areas » disséminées un peu partout dans la ville n’aura tenu que deux jours. Quoique j’avais toujours un relent de remords en jetant mes mégots au beau milieu des trottoirs impeccables.
Dans le bus qui me conduisait vers la maison de la cousine chez qui je logeais, je remarquai, les yeux mi-clos, que les bâtiments industriels étaient entrecoupés de mini rizières ; dans un pays où le manque d’espace est un problème obsessionnel, chaque parcelle de terre est bonne à assurer l’autosuffisance alimentaire. Je m’imaginais déjà en train d’ingurgiter matin, midi et soir mon sempiternel bol de riz gluant. L’avenir me donnera tort en l’occurrence.

Je fus sorti de ma somnolence de décalé horaire par l’émergence de la ville dans mon champ visuel. Sous la grisaille, Tokyo ressemblait à un mix entre Gottham city et le New-York de Futurama (http://www.google.fr/ pour ceux qui se demandent ce que c’est). Au dessus, d’un relief vallonné, une multitude de grattes ciel se concurrençaient à perte de vue. Le ciel était sillonné de routes superposées qui atteignaient les toits de certains immeubles. Je n’avais jamais rien vu de comparable, alors même que je n’avais encore rien vu.
Arrivé chez mes cousins, une famille charmante d’ailleurs, j’étais à mes limites de résistance au sommeil. On m’interdit pourtant de piquer un somme afin de ne pas chambouler mon cycle du sommeil. Tu parles ! Ce fut un enfer ! Pour me distraire on me fit faire le tour du propriétaire ; on m’expliqua que les 60m2 (pour un couple et 3 enfants) avec jardin étaient un privilège en termes de taille d’habitat. Il faut dire que l’espace dans une ville de 12 millions d’habitants est le luxe ultime. Par contre, les japonais se rattrapent sur la convivialité de leurs immeubles : halls d’entrées luxueux et dotés de leur propres salles de bains, parapluies fournis à l’entrée au cas où une de ces pluies soudaines assez fréquentes là bas se déclare etc etc

Un peu plus tard dans la soirée, on m’emmena me détendre à un onsen : le bain traditionnel japonais. Il s’agit en fait d’une succession de bains chauds aux parfums variés et inattendus : rose, jasmin, thé vert, fenouil. L’onsen en question se divisait en trois parties ; une partie réservée aux hommes, une partie exclusivement féminine et une dernière mixte. Conventionnellement, on se baigne nu dans les parties unisexes; c’est même interdit de porter un maillot. Le mari de ma cousine et moi choisîmes tout de même d’enfreindre la règle. Ça ne me gênait pas trop vu que mon penchant exhibitionniste n’est stimulé que dans les lieux où cette pratique est réprouvée. Ça avait l’air, en tout cas, de beaucoup déranger nos hôtes qui n’arrêtaient pas d’aller cafeter au surveillant (comme nos amis d’outre Rhin, ils aiment beaucoup ça à ce qu’on m’a dit). Ayons ignoré les remontrances du garde bassin (qui lui-même n’était pas à poil) à plusieurs reprises, on renonça finalement à nous défaire de nos mœurs de barbares. Je ne vois pas de quoi les autres clients se plaignaient d’ailleurs, puisque fidèles à leur racisme épidermique, ils quittaient chaque bassin à peine avions nous trempé un orteil dedans. Par contre, ce fut l‘occasion pour moi de vérifier un point ethnologique qui nous tracasse tous ; oui ils en ont des toutes petites (mais assez poilues par contre) ! Raison de plus pour ne pas m’obliger à déballer le matos et leur foutre des complexes.

Mais tout cela est anodin à coté de la partie mixte. Sur plusieurs mètres carrés, se succédaient des reconstitutions de paysages naturels et d’architecture traditionnelle qui servaient de cadre à des bains très chauds (mais alors là très très chauds) : cascades, mini palais, grottes et même un igloo (je n’ai toujours pas compris comment il ne fondait pas sous la chaleur étouffante). Comme il pleuvait, je m’étonnais du fait que le lieu soit bondé. On m’expliqua qu’ils étaient essentiellement fréquenté quand ils faisait mauvais temps car au bout d’un moment on ne sent plus le froid (mouais !) et encore le must c’est sous la neige. Je pense quand même que les japs aiment bien se faire mal de temps en temps.
En tout cas, au bout de quelques heures j’avais l’impression d’avoir fumé un gros joint ; j’étais d’un relax insolent. Ce soir là, je dormis comme un bébé (sauf que les bébés ne se réveillent pas avec une gaulle douloureuse le lendemain! pardon les familles tout ça, je n’ai pas pu m’en empêcher ; je commençais à trouver le récit un peu trop policé!).

Les jours suivants, j’ai traîné seul dans Tokyo ; de toute façon il est difficile de s’y ennuyer lors d’un premier voyage. La ville est, en fait, un patchwork de quartiers aussi différents que surprenants: Electric Town, Shibuya, Ropongi, Shinjuku, Ueno… enfin bref, on s’en fout des noms.
Ce qu’il y a de saisissant dans cette ville c’est la juxtaposition de la modernité la plus criarde et d’éléments de tradition multi centenaires. Les parcs en sont un parfait exemple ; au beau milieu de Shinjuku, un quartier branché de la capitale, s’étend sur plusieurs hectares l’insoupçonnable Meiji Shrine. Ce n’est pas vraiment un parc d’ailleurs ; c’est un jardin gigantesque construit autour du tombeau de l’empereur Meiji (de toute façon, pas de parc sans macabés là bas). Quand on s’y engouffre pendant quelques minutes, on du mal à croire que l’on est encore au beau milieu d’une ville du XXIème siècle ; les agressions sonores de la modernité s’estompent petit à petit pour finir par disparaître et le rythme du temps semble se ralentir (j’en fais pas un peu trop là ?). Les néons fluos cèdent la place à des arbustes parfaitement taillés, des assemblages de fleurs savamment mariées et des mares remplies de carpes immondes mais très chères à ce qu’il parait. En tout cas, flâner pendant des heures , que ce soit au parc Meiji ou celui du palais impérial, est un plaisir qui flatte les sens et transporte l’esprit (j’arrête là j’ai un haut le cœur tellement ce qu j’écris est dégoulinant de romantisme).

Le décalage avec le vacarme et la modernité urbaine qui vous saisit dès que vous en sortez est, du coup, déroutant.
L’antithèse de ces parcs traditionnels est l’impressionnant carrefour de Shibuya. Mais si vous connaissez : c’est le carrefour qu’on montre à la télé à chaque fois qu’on fait un reportage sur le Tokyo cosmopolite. De jour comme de nuit, des milliers de fourmis… euh pardon de gens traversent en flots discontinus ce carrefour sous les lumières psychédéliques d’écrans de publicité géants.
C’est, en autres, en ce lieu où la jeunesse délurée du pays traîne en fin d’après midi. Oui je parle bien des gonzesses habillées comme des actrices SM en trip régressif et des mecs sapés comme des mouches à merde sous ecsta (c’est pas facile à visualiser je le concède). En fait, leurs « rebelles » sont assez décevants ; ils sont tous pareils et portent des fringues et des gadgets qui valent le salaire mensuel d’un cadre. L’uniforme du djeun’s cool japonais est extrêmement codifié ; jupes et shorts ras la fouffe pour les meufs, baggys et marcels pour les mecs avec piercings et extensions capillaires aux couleurs improbables pour les deux, le chapeau est aussi un attribut commun (évidemment que je résume madame). On a plus l’impression que c’est un rite de passage de l’age ingrat qu’une manifestation contestataire profonde. De toute façon, pour être un vrai rebelle, là bas, il faut jeter ces mégots de cigarette par terre et traverser les feux piétons au rouge. Et je peux vous dire que bien souvent j’avais l’impression d’être Tony Montana. De toute façon, on pardonne tout aux étrangers ; ce ne sont que de pauvres barbares qui ne peuvent apprécier la poésie d’une fleur de lotus en éclosion.

Par contre, une fois passé à l’age adulte, la métamorphose est brutale. C’est le début de 50 ans au moins d’austérité absolue; on enfile son costard sombre pour les mecs, ses ballerines et sa gabardine pour les filles. A la poubelle les piercings et les cheveux longs (je vous rassure pas pour les filles). Dans un pays où historiquement l’individualisme a toujours eu du mal à émerger face au bien commun, le dévouement au shogun et le respect des codes ancestraux a laissé place à la loyauté à l’entreprise et aux horaires à rallonge. Eh oui !même les 2000 ans de raffinement civilisationnel isolé du Japon n’ont pas su résister longtemps au déferlement des paradigmes capitalistes (il faut dire qu’une bombe A dans la gueule ça aide à reconsidérer sa position). Si ces pauvres samouraïs (dont les descendants dirigent aujourd’hui les conglomérats du pays) savaient ils se seraient peut être détendus un coup. Il en faut de la motivation pour découper pendant des années des tiges de bambou en quête du geste parafait; leur héritage aurait été moins trippant, en même temps. Je relativise, tout de même, en précisant que si la forme a changé le fond tendu est resté presque intact.

Et comme tendus, ils le sont éminemment. Les sus nommés cadres là bas ne marchent pas ils trottent, pour déjeuner ils se précipitent tous vers un marchand ambulant de sushis qu’ils engloutissent debout avant de courir au bureau en marmonnant. Je les imagine bien le soir, plongés dans la solitude froide de leur cage à poule tapissée de bambou, une bouteille de saké à moitié entamée sur la table basse, la télévision crachant les hurlements torturés d’un porno gore (oubliez tout ce que vous connaissez en la matière, ils sont imbattables dans le domaine). A peine le monument du 7ème art achevé, ils se saisissent de leur poignard à double lame qu’il enfoncent jusqu’au à la poignée dans leur bas ventre en étouffant un râle de douleur qui leur déforme le visage. Le sang finit par couler et serpenter le long de leur yukata en soie pour enfin se mêler à leur foutre encore chaud. Eh ouais mec ! Fallait pas se louper sur la slide n°23. (la même scène peut être aussi imaginée au pied d’un cerisier dont les fleurs à peine écloses sont balayées par une brise printanière pour les âmes un peu plus fleur bleue. Le résultat est le même ; l’urne funéraire).

Sans transition, au cours de mon rapide séjour, je pris aussi trois jours pour visiter Kyoto et Nara, deux anciennes capitales impériales. Ce fut l’occasion de prendre le Shinkanssen (le TGV nippon). Ceci me valut, étant donné mon sens de la ponctualité, une course contre la montre dans les dédales du métro tokyoïte d’autant plus excitante qu’il est strictement interdit de courir dans les couloirs là bas (ni de parler à voix haute dans les rames !). Je réussis tout de même à attraper mon train au moment où les portes du train se fermaient ; gros kiff ! A peine installé, je faillis m’asphyxier ; j’avais pris le wagon fumeur par « exotisme » sans me douter que là bas quand on fume dans un train ce n’est pas un plaisir mais un travail à la pièce. On prend une place fumeur et on s’engage à l’honorer tel un samouraï tout le long du trajet. En arrivant à Kyoto, j’avais perdu au moins une demi journée d’espérance de vie.

Kyoto et Nara surtout sont assez différentes de Tokyo ; ce sont des villes plus réduites, presque plus rurales. En tout cas, l’usage de l’anglais déjà parcellaire à la capitale, se fait plus rare. Mon erreur fut d’opter pour le bus comme moyen de transport ; ce fut un véritable calvaire ! Tous les plans étaient en japonais de sorte que les touristes se perdent, pleurent et ne reviennent jamais probablement ; on en en veut autant aux étrangers qu’aux thons rouges dans ces contrées apparemment. Les chauffeurs de bus ont fini par me confirmer cette impression en s’entêtant à contrôler encore et encore mon billet alors que je leur demandais de m’indiquer le bon arrêt à force de gestes tellement universels qu’un chimpanzé lobotomisé les aurais compris. J’ai encore un frisson dans le dos quand je repense à leurs regards sévères. Leur dureté vient peut être du fait qu’ayant été tous candidats à être kamikazes durant la seconde guerre celle-ci n’a pas assez duré pour qu’ils aient l’occasion de s’exploser avec jouissance contre un destroyer américain. Depuis, ils ont beaucoup de mal à se vider des milliers de bars de pression qu’ils avaient accumulés à l’époque. Et aucune prostituée aussi endurante et dévouée soit elle ne peut y remédier. Du coup, il leur reste les étrangers perdus ; surtout ceux dont on ne peut même pas imaginer la provenance comme moi. Au final, je n’ai jamais autant marché qu’à Kyoto !

Néanmoins, les deux villes valent largement le détour. Sans m’épancher sur la foultitude de temples shintoïstes et bouddhistes magnifiques qui y cohabitent, je vous recommande comme morceaux choisis les pavillons d’or et d’argent à Kyoto qui sont, à mon sens, deux exemples flamboyants du goût japonais pour le détail. Quant à Nara, il n’y a rien retrancher puisqu c’est une sorte de ville musée avec un circuit montagneux que l’on fait en une demi journée. Ne ratez pas tout de même (de toute façon c’est impossible, ils sont partout) les daims « sacrés » qui peuplent le flanc de montagne auquel la ville est adossée. J’incite néanmoins mes lecteurs zoophiles (et je sais qu’ils sont nombreux) à refreiner leurs ardeurs car la réaction des locaux risque d’être féroce.

Je ne peux évidemment clore cet article sans évoquer la gastronomie locale rapidement. En quelques mots : le jour où dans un restaurant japonais à Paris, on sortira les poissons de l’aquarium pour les tuer et transformer en sushis devant vos yeux on reparlera d’une comparaison possible. Faudrait déjà commencer par avoir des japonais dans les cuisines ; ce serait un bon début. Car le sushi au pays du soleil vénère est plus qu’un art c’est une philosophie de vie (dixit Thierry Marx pour les conoisseurs). Pour devenir maître sushi, il faut suivre un processus initiatique qui va de la plonge jusqu’à la préparation du poisson en passant par le vidage de la bête. Ça prend à peu près dix ans pour vous donner une idée. En tout cas, le résultat est fameux.

Ah oui j’ai failli oublier ! Malgré tout ce que j’ai pu dire auparavant, ce qu’il y a de plus prodigieux au Japon, ce sont les distributeurs omniprésents dans les villes et dispos 24h. Distributeurs de quoi ? Distributeurs de tout ! Boissons alcoolisées ou non, café, nourriture chaude et froide, cigarettes (on peut même choisir son dosage de nicotine). C’est le pied ; aucune fringale de foncedé ne peut rester inassouvie. Il est paradoxal qu’un peuple aussi écrasé par le sens du devoir puisse être aussi sensible aux outils du confort matériel. A moins que ce ne soit une autre ruse infâme de la bête capitaliste en vue d’aliéner les forces productrices (calme toi, respire un bon coup). Hummmm… faut que j’y réfléchisse.

Je pourrais continuer encore sur des pages et des pages mais je préfère m’arrêter là pour ne pas vous lasser (et parce que j’en ai marre d’écrire aussi). Je pourrais encore gloser pendant des heures sur le rapport des japonais à la langue anglaise ou encore la criminalité recrudescente chez les seniors qui préfèrent croupir en prison qu’affronter la honte de la rue. Mais si vous vous voulez plus de détails n’hésitez pas à me laisser un commentaire (comme vous le faites déjà par millions !). Comme dit ma copine : « heureusement que tu n’es resté que 10 jours là bas ! ».

Tout cela étant dit, quand je passe mon bureau en revue j’ai envie qu’un vortex inter dimensionnel s’ouvre et me télé transporte à Tokyo ou New York ou N’djamena ou un quartier craignos de Bogota… à partir de Baghdad, en fait, je commence à chipoter.

Bon, je dois vous laisser car j’ai un second entretien avec mon ami japonais qui risque d’être folklorique (et en effet, il le fut. En fait, au moment où je termine ce message, je viens de revenir de la réunion. J’avais l’impression d’assister à une pièce de théâtre surréaliste à petit budget coincé entre ma chef et Hiro Nakamura).

Ah au fait ! Avant de vous quitter, je tiens à signaler que ce mail n’est qu’un prélude à un texte plus analytique disons sur le thème des voyages et du brassage culturel dans le monde des entreprises capitalistes (oui d’où le ½ dans le titre, d’où le titre aussi).

To be continued…

P.S : Les bonnes nouvelles du jour (à part l’extraterrestre japonais) : on nous a livré une tonne de petits chocolats pour café avec lesquels je me goinfre depuis ce matin et en plus, il y a une petite grosse avec une énorme paire de seins à l’étage maintenant. C’est Moto qui va être content…

1 commentaire:

Manuel J. Pastor a dit…
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