jeudi 19 mars 2009

Elite française et capitalisme: mais où est passé le pot de vaseline ?!

Alors que ma journée de dur labeur approche allègrement de sa fin (la montre flirte dangereusement avec les 15h), cela fait plusieurs heures qu’une question existentielle (et pour une fois ce n’est pas ironique) me taraude l’esprit tel un acteur bulgare en plein tournage. Il y a un bout de temps dont je ne me remémore plus le commencement que je me pose la question suivante : Pourquoi est ce que la nouvelle élite française rejette le travail salarié? Le traitement de cette vaste question est donc pour moi l’occasion d’avoir votre éclairage sur le sujet mais aussi de relancer un peu mon blog dont la productivité a suivi la morosité économique ambiante.

Il faudrait d’abord que je précise certains termes du sujet ; notamment celui qui doit déjà hérisser les poils et les mandrins des lecteurs les plus sensibles de la fibre égalitaire : l’ « Elite » (bouuhhh, bourgeois, méchant, fasciste, pédophile et autres quolibets que j’ai amplement mérités sifflent déjà dans mon oreille interne). Alors avant que vous ne vous vidiez de rage de tous vos liquides vitaux, sachez camarades révolutionnaires dans un verre d’eau que par élite, j’entends une réalité socio-économique bien précise. Il s’agit de la myriade de diplômés de grandes écoles d’ingénieurs, de commerce ou de facultés prestigieuses (et comme il se doit privées) qui sont sensés, chaque année et selon les prévisions consensuelles de croissance, servir de réservoir au renouvellement du management économique français (je sais j’abuse et en plus j’utilise des gros mots en anglais).

Si j’ai choisi de me concentrer sur cette frange assez fine de la société c’est parce que c’est celle à laquelle j’appartiens de facto et donc que je connais le mieux (attendez attendez laissez moi finir vous aurez tout le loisir de me guillotiner après). Mais surtout parce que c’est celle qui me parait la plus symptomatique du malaise que traverse la société française « de marché ».
Cette réflexion procède d’un constat simple mais récurrent : la plupart de mes camarades de promotion qui ont donc en gros deux années d’idylle bureaucratique derrière eux réfléchissent sérieusement à démissionner pour aller voguer sous d’autres cieux. Le problème c’est que bien souvent ils ne savent pas clairement vers quel nouvel horizon naviguer. Heureusement que la crise qui passe s’est chargée d’accélérer le choix pour certains d’entre eux. Quant à ceux qui ne sont de toute façon pas rentrés dans le monde « professionnel », ils étaient pour leur part d’ores et déjà rebutés par le moule du travail en entreprise. Vous m’opposerez peut être le fait que je ne connais que de grosses feignasses qui n’ont pas compris que le travail rendait libre et que de tels éléments parasitaires mériteraient d’être traqués et envoyés en camp de travail afin de contribuer même à leur échelle minable à la marche progressiste de la grande race. Je vous répondrai que vous avez peut être raison mais aussi de respirer un bon coup et de vous calmer avant de vous lancer dans une longue diatribe sur le fait que le corps du führer n’a de toute façon jamais été authentifié et autres élucubrations répréhensibles par la loi… pour le moment (tout fout le camp).

Enfin bref, la fainéantise voire la désinvolture de mes accointances ne les soustrait pas pour autant à un principe de réalité très simple : si toi y en a vouloir manger, toi y en a devoir gagner argent (ou avoir un papa blindé et n'ayant aucun sens de l'éducation). N’étant pas tous forcement très à l’aise pour dealer de la drogue ou braquer des bijoutiers à la voiture bélier, la plupart se sont donc fatalement tournés vers le salariat. Jusqu’à là rien de bien original, me direz vous ; ils ne font que perpétuer le schéma familial dans une sorte de reproduction frénétique des élites. Certes, mais il me semble que la différence fondamentale entre les deux générations réside dans l’état d’esprit avec lequel elles abordent le monde du travail. Car si certains de nos parents ont eu beau balancer des pavés en jeans slim et entonner, un joint au bec, l’internationale face à des CRS qui préfiguraient le premier opus de star wars (les miens perso devaient être planqués à la bibliothèque je pense), les lendemains ont beaucoup moins chanté pour eux que ce qu’ils ont pu espérer et théoriser. Je dirais même, qu’ils ont à peine siffloté. Deux décennies de crise quasi permanente entrecoupées de quelques booms salvateurs leur ont fait craindre une contagion généralisée de précarité et les ont amenés à mettre un peu plus de tabac dans leur herbe. La plupart d’entre eux de ce fait ont fini par réintégrer les « rangs » pour mener des carrières traditionnelles mais honorables au sein des mastodontes de l’industrie, de la haute fonction publique et des services français. A force de travail et de diplomatie (oui c’est le mot poli pour dire lèche), ils ont fini par gravir les échelons hiérarchiques de manière plus ou moins fulgurante. Néanmoins, ils ne se sont jamais privés pour nous raconter, une larme mêlant fierté et nostalgie au coin de l’œil que l’effervescence qui régnait le long du boulevard Saint Germain en ce mois de mai compte parmi les moments les plus heureux de leur vie malgré la férocité de la répression policière et qu’ils se sont rarement sentis aussi libres qu’à cette époque. Jusqu’à là ils ne différent pas singulièrement de leurs aïeuls qui noyaient les repas de famille des récits interminables de leurs trois semaines de résistance héroïque face aux armées nazies durant la campagne de France suivis de leurs hauts faits de désobéissance dans les camps pour officiers (des trucs du genre : « Monsieur, je suis officier de l’armée française, je préfère encore mourir de faim que d’avaler cette pitance infâme ». Ouf, l’honneur est sauf !). Mais là où les relents pseudo-troskistes de nos chers géniteurs s’avèrent dangereux, c’est que leur discours ne s’arrête pas au simple souvenir ; de manière plus ou moins directe, ils nous insinuent que les effets de leur révolte ne se sont pas vraiment dissipés et que nous serons les premiers bénéficiaires de cette nouvelle réalité. Une façon retorse de minimiser la stérilité de leur combat épique contre les forces conservatrices. Quoiqu’il en soit, notre génération a, de ce fait, grandi avec l’idéologie de la libération soixante-huitarde comme promesse; désormais le travail ne serait plus un accomplissement de notre être social en soi mais une composante de cet accomplissement parmi d’autres. Nos esprits assoiffés de libertés et de plaisirs rapides portent en eux l’illusion que le travail salarié n’est plus une finalité mais un moyen qui nous assure l’accès aux ressources financières nécessaires aux fondements matériels de notre bonheur. Il doit de ce fait se plier nos exigences de confort et de loisir grandissantes. Nous sommes, en quelque sorte, la nouvelle garde d’une idéologie sociale qui n’a pu être appliquée par ceux qui l’ont forgée. Mais la phraséologie officielle en la matière continue de stipuler que le passage de la parole à la réalité n’est qu’une fonction de temps et que les conditions socioéconomiques nécessaires à l’avènement d’un monde où le loisir souverain et l’épanouissement individuel règnent en maîtres seront bientôt réunies ; après tout il s’est bien écoulé un demi-siècle entre les écrits révolutionnaires de Marx et la révolution de 17.

Le problème est d’autant plus amplifié au sein de la caste des jeunes cadres qu'en plus de cette espérance individualiste, ils sont, au cours de leurs études, abreuvés de discours élitistes qui leur rabâchent à longueur de journée que le plus dur est désormais derrière heureux et qu’ils sont déjà engagés sur la voie royale puisque dépositaires de savoirs rares et captifs. Du coup, à peine sortis d’école, ils sont emplis de besoin de reconnaissance et d’exigences envers le monde du travail que ce soit en termes de salaires ou d’avantages sociaux. J’ai pu, récemment, en faire l’expérience avec un peu plus de recul que lorsque j'étais sur les bancs de ma vénérable école. Je devais avec quelques gentes dames des RH de mon entreprise me rendre à mon ancien campus pour servir, avec le sourire Colgate de circonstance s'il vous plaît, la soupe propagandaire à ces puceaux du salariat. Hé ouais mon pote, tel Satan j’entraînerais le maximum d’âmes dans ma chute ! Enfin bref, les dames en question qui ne connaissaient pas la faune à laquelle elles avaient affaire furent surprises par l’arrogance des jeunes minets en costumes cintrés. Ces sales moutards à peine sortis de leurs beaux quartiers parlaient sans complexe de salaires, d’avancement de carrière et de ce qu’ils estimaient leur convenir. Au « ils sont gonflés tout de même » un peu pataud de ma RH, je répondis avec un léger sourire que cela faisait partie de leur cursus. Elle prit cela pour une blague alors que j’étais tout à fait sérieux.

A ceux qui ont pu croire, donc, qu’ils avaient déjà atteint le sommet de la chaine alimentaire et que leur vie ne serait désormais faite que d’embarras du choix (et j’en faisais partie), je répondrai la même chose que Gandalf le gris à ce benêt de Frodo qui ne voulait pas comprendre que les hurlements qui s’approchaient des entrailles de la terre étaient ceux du Balrog venu des abysses pour lui faire les fesses : « fuyez pauvres fous ! ».
De toute façon, la plupart s’en rendent compte eux mêmes très vite au contact du monde de l’entreprise. Certains, par contre, s’accommodent très bien du futile confort mondain que leur procurent leurs titres supposés prestigieux par des gens qui n’ont aucune idée de la réalité de leur travail. Ceux là sont déjà perdus ; seul le goulag a une minime chance de les redresser.

Mais que s’est il donc passé pour atteindre un tel degré d’antagonisme entre espoirs de la jeunesse dorée et réalité socioprofessionnelle ? Que la plèbe ignare tombe dans le panneau passe encore mais que les esprits parmi les plus brillants de leur époque se fassent berner par un fantasme collectif aussi délirant, c’est que nous sommes face à un problème structurel de notre modèle de production. Il faut, à mon avis, se pencher sur le contexte historique qui a vu naitre une telle mythologie sociale. Je n'invente rien en disant que l’essentiel du XXème siècle a été marqué par l’affrontement idéologique Est Ouest, en d’autres termes, la guerre froide. Si pour le bloc soviétique, du fait du contrôle hermétique de l’information mais surtout de l'implacable férocité du petit père des peuples, il était aisé de faire croire à la supériorité de son modèle social, pour l'adversaire capitaliste la tâche était autrement plus compliquée afin d'endormir les velléités contestataires des masses consuméristes. Puisque le fruit de la discorde portait sur le social, le bloc capitaliste mis pendant 3 décennies l’accent sur la contraction du temps de travail, la démocratisation des loisirs, les prestations étatiques et toute la panacée socio-traitre qui va avec. Avec en méga bonus: la liberté d'expression mais surtout celle de consommation. Mes seigneurs sont trop bons! Le plan annoncé était le suivant; avec les progrès de la technique et l’ouverture de l’Asie à l’économie de marché, on nous promit que la pénibilité du travail n'était plus qu'une anecdote historique et que le monde « libre » se cantonnerait aux taches les plus nobles (et donc à la plus grande valeur ajoutée). En quelque sorte que les occidentaux et leurs affiliés deviendraient des rentiers oisifs qui profiteraient des fruits de leurs efforts avancés par rapport au reste du monde. Pendant que les machines et les chinois, dans leur grand atelier, trimeraient à notre place, nous nous regarderions nos petits enfants saccager le jardin de notre maisonnette dans le Luberon en riant à gorge déployée tels des chérubins de l'Eden, le tout en savourant, confortablement installés dans un rocking chair en osier, une bonne pipe bien tassée. Comme c'est touchant! Excusez moi je m'arrête un peu j'ai un haut le cœur rien qu'en imaginant la scène...

Qu'est ce que je disais déjà? Ah oui...le rocking chair, les gamins insolents, la bonne petite pipe (drôle d'association d'idées d'ailleurs). Pardon je reprends chers lecteurs: l’effondrement du bloc communiste précipita le craquellement de cette illusion. Son érosion fut graduelle et de ce fait le mythe se perpétua encore quelques années après la disparition du meilleur ennemi idéologique; ennemi qui depuis a repris à son compte les bonnes vieilles recettes made in USA. Aujourd'hui que Vladimir Vladimirovitch ne sait plus quel nouveau code inventer à son énième compte en Suisse, que le camarade Gorbatchev fait des pubs pour Louis Vuiton depuis que la CIA a baissé sa pension annuelle et que les oligarques russes équipent leur villas à Chelsea de filtre à polonium, nul doute n'est plus permis: cela ne sert plus à rien de sauter de l'autre coté du mur car le paradis du prolétaire est définitivement perdu. Désormais, le rideau de fer ne nous sépare plus; il est tout autour de nous. Vous me dites quand ca commence à être un peu trop glauque hein.
Du coup, la guerre des blocs au nom de l'idéologie suprême s'est muée en guerre des nations mondialisées au service du plus grand profit. Cette confrontation est encore plus ravageuse que son ancêtre puisque elle se répercute de manière fractale ; entre entreprises de toutes tailles lancés dans une course effrénée aux parts de marché, entre individus en compétition pour des postes de plus en plus rares, entre la Chine et le reste du monde. Tout cela dans un enchevêtrement qui tend à transcender frontières nationales et liens sociaux improductifs. Maintenant que nous vivons en situation d’idéologie monopolistique, les efforts de séduction des esprits ne servent plus à grand-chose ; on découvre soudainement que les prestations sociales coutent cher aux budgets nationaux et qu’ils faut les limiter, que le travailleur occidental ne travaille pas assez (travailler plus pour gagner plus, c’est pas de moi !), que le droit de grève limite la compétitivité des pays…

Que reste t il donc aujourd’hui de ces belles promesses d’avenir. Bon ben c’est simple ; tous les matins, à Paris par exemple, des centaines de milliers de jeunes cadres dynamiques s’entassent comme des sardines dans les navettes infernales qui sillonnent les entrailles de la capitale. Ils ont pour quelques stations comme seul contact avec l’altérité l’aisselle d’un grand vigile noir dans la face et le coude d’un plongeur paki bien calé dans leurs cotes. Heureusement que les émanations de transpiration, de pisse de clodo froide et d’autres aromes aussi exquis qu’indéfinissables fusionnent pour résulter en de délicieuses effluves qui chaque jour renouvelées nous font oublier notre indisposition passagère. Avec de la chance la rame ne s’immobilisera dans les tunnels (après un bon petit freinage sec qui vous remet les cervicales bien en place) et ne s'arrêtera « quelques instants pour régulation » que deux ou trois fois au cours du trajet. Au moins, ces sympathiques voyages matinaux sont l’occasion d’une mixité sociale devenue rare de nos jours. Bon d’accord, il y a mieux comme expérience de rapprochement entre les classes mais c’est déjà un début. Saupoudrez le tout de quelques chefaillons aigris et complexés et vous obtenez une belle petite névrose générale.
Quant aux machines modernes et aux chinois, c'est nous qui en sommes devenus les esclaves. Vous trouvez que j'exagère?! Eh ben moi je ne trouve pas que passer la moitié de sa journée à alimenter les délires binaires d'un processeur centrino core duo assoiffé d'acquisition de savoir humain pour une fois rentré chez soi (après avoir effectué en sens inverse, le trajet pittoresque sus décrit) voir sa rue envahie par une horde déchainée de noichis plus ou moins légaux qui s'agitent comme des mouches à merde dans des costumes bariolés de dragons 100% inflammable et kitch à en vomir son 4 heures sous l'œil bienveillant d'une tour Effeil illuminée en rouge vermeil à l'occasion de la visite de l'auguste Hu Jintao qui une fois de retour à Pékin offrira tous les contrats décrochés au prix d'hectolitres de salive de nos officiels à nos voisins teutons, soit (je vous invite à revenir au début de la phrase pendant que je reprends mon souffle, vu la longueur de mon illustration) une expression de la suprématie de nos sociétés modernes.
Quoi? Comment? Qu’entends-je? Moi sinophobe?! Pas du tout! Je n'ai rien contre nos lointains cousins chinois! Ouais bon quelques bricoles à peine; le fait que lentement mais surement ils prennent le contrôle économique de tout l'est parisien (oh toi tu sors pas souvent du 16 mon coco), qu'il nous font bouffer du rat vapeur à 1 euro pièce mais pardessus tout que lorsque le RER est bondé il vont quand même traverser toute la foule pour baisser le strapontin et t'enfoncer leur genoux calleux dans le bas des cuisses en esquissant un de leurs sourires à la fois angoissant et désarmant. Il faut dire, à leur décharge, qu'ils n'ont pas la même notion de la foule que la plupart des autres usagers. Je rigoooooooole bien sur! La preuve; j'adorais Bruce Lee petit. Bon je m'arrête là avant d'avoir une triade aux fesses. Vive le PCC, vive la Chine éternelle!

Pour revenir à nos citrons, euh... pardon nos moutons, certes les cadres sont loin d’être les plus à plaindre comparés à l'ensemble de la population mais je dirais néanmoins que leur désenchantement est celui qui pourrait amorcer une prise de conscience critique des finalités réelles du système capitaliste. Car étant sensés être le fer de lance de cette machinerie infernale, ils sont les plus fanatisés quant à son bien fondé ; leur chute n’en est que plus dure. Par contre, cela fait longtemps que les classes les moins riches minées par le chômage massif et l’alcool frelaté mais peu cher ne se font plus berner par les lumières de l’usine. La précarité socio-économique est comme la gangrène; elle remonte tout le corps social jusqu'à la tête. Mais pour être positif, je dirais qu’en minant la foi de ses lieutenants zélés, le grand capital amène lui-même les fondements de sa propre chute. Mais ça c’est un autre débat.

C’est ce que je qualifierais, tenez vous bien (ou comme dirait Barney wait for it), de « post 68 blues ». Je sais l’expression est digne d’un sociologue dégarni qui noie sa médiocrité avérée et finalement avouée dans la vodka (tropisme socialiste oblige) et la relecture de Bourdieu mais elle me parait assez bien résumer la situation décrite plus haut. De toute façon c’est comme pour la pub ; c’est les mélodies les plus débiles qui restent en tête (d’ailleurs je n’en peux plus de ce putain d’ami Ricorée qui n’arrête pas de me demander de tuer).

Néanmoins, je finirais sur une note optimiste (essentiellement pour ne pas avoir au cul un procès pour incitation au suicide et accessoirement à la haine raciale). Il ne faut pas perdre de vue que dans cet océan de détresse, quelques ilots d’espoir subsistent. La modernité nous a aussi apporté son lot de promesses réjouissantes (non je ne pensais pas à l’augmentation vertigineuse de la vitesse de streaming sur les sites porno mais pourquoi pas) ; notre aspiration actuelle au bien être nous a amenés à focaliser de manière béate sur le sort d’une planète qui nous a précédé et qui nous survivra. Du coup, on assiste à l’émergence de la pop du businees, j’ai nommé sa seigneurerie « l’économie verte » qui est sensée enfin concilier exigence de rentabilité et fondements éthiques (en tout cas envers les animaux et les acacias) ; et vas y que je t’invente des voitures qui fonctionnent au pétale de tournesol, que je t’installe des panneaux solaires à Oslo, que j’utilise les cendres de mamie pour chauffer le grenier ou que je te balance des glaçons dans la banquise. Enfin bref, que des trucs bon marché et faciles à appliquer dans les pays en voie de développement. En même temps, de l’autre côté de la rivière des dégénérés en phase terminale essaient de nous faire croire que bouffer des grains de maïs de la taille de mon gland est plus que bon pour la santé.
Quoiqu’il en soit ; tout cela génère de nouvelles idées technologiques, politiques et managériales, un nouvel élan entrepreneurial et même, allez je me lance, un mini boom schumpétérien (comment ça je me la pète ?!). Je vous avouerais, au risque de vous étonner, que je n’y crois que moyennant. D’une part parce que je me méfie, du haut de mon immense expérience de la vie, des grands moralisateurs aux blanches mains qui nous vendent de belles alternatives aux fondements éthérés ; car ceux qui vilipendent le système actuel en se roulant un oinj sous le soleil écrasant d’une plage de Porto Alegre devraient commencer par lire les statistiques socio économiques de l’Etat du Rio Grande do Sul (j’ai déjà vérifié sur wikipédia). D’autre part, et à mon sens en tout cas, une activité économique quelque soit son objet se fonde sur le même principe dur et froid comme du métal (j’accepte aussi comme le sexe d’un mort) : l’accumulation scientifique et donc amorale (je n’ai pas dit immoral jeune bobo, calme toi maintenant) du profit. Plus simplement, il faut être très con et/ou très riche pour diriger un business qui n’aspire pas à gagner le plus d’argent possible. Car si toi tu ne le fais pas, l’empire du milieu le fera pour dix fois moins cher (oups). Désolé pour la rechute de pessimisme: c’est plus fort que moi, je trouve les phrases badantes beaucoup plus intelligentes que les autres. De toute façon, je m’arrête là ; je suis à court de venin.

Dites moi donc avant de partir ! Est ce que parler de tout ca ne vous fait pas penser à la même chose que moi. Ceux qui d’emblée ont répondu une p’tite branlette (si si y en a, toi au fond te cache pas t’es méga grillé et en plus t’en as partout le falzar) sont la preuve vivante que la répression psychiatrique en France est inopérante. Mais si concentrez vous, faites le vide dans votre tête (pour ceux qui sont congénitalement prêts attendez les autres svp). Est-ce que vous n’entendez pas cette mélodie familière s’échapper des recoins de votre subconscient de plus en plus distinctement ?! We don’t need no…. Voilà c’est ca , on y est. Finalement, ils étaient pas si cons ces sales drogués!

Bon sur ce, je vais apporter un peu de légèreté à mon être (autrement dit aller déposer délicatement un gros étron frétillant au fond de la cuvette des chiottes). Sur cette dernière note poétique, je vous salue chers lecteurs et/ou amis.

Ah oui j’oubliais le plus important : je repasse ramasser les copies dans 2 heures. Hey teachers leave them kids alone…


P.S : Du côté de ma propre vie professionnelle, les news sont les suivantes :
J’ai déménagé dans une nouvelle tour, un jeu assez prisé au sein de mon entreprise. Rien de spécial à signaler à part que le mobilier est bordeaux qu’il fait un froid de congélo et que les fenêtres sont dotées de pics anti pigeons à moins qu’ils ne soient là pour prévenir ma propre évasion. En plus, je partage désormais ce charmant bureau avec un petit rital excité qui abreuve son écran et son combiné téléphonique de « va fa enculo, putana, catzo » et autres amabilités transalpines à longueur de journée. A peine cliché.
Par contre, une belle avancée à signaler : en changeant de réseau, tous les pârfeux internet ont disparu ! Grave erreur mes seigneurs, gravissime erreur…

vendredi 12 décembre 2008

Le capitalisme promoteur de l’interculturel (1/2) : Souvenirs du Japon

Aujourd’hui ma journée a démarré comme il se doit au sein d’une grande entreprise française ; par une réunion de 2 heures. Ma chef et moi devions rencontrer un ingénieur japonais qui doit peut être rejoindre notre équipe. J’avais déjà eu l’occasion de le rencontrer au cours d’un déplacement à Milan ; cette rencontre du troisième type m’a laissé un souvenir intarissable. Non pas que je sois « nippophobe » mais l’individu en question était très bizarre même pour un Jap (et ce n’est pas anodin comme affirmation croyez moi).
Au cours de l’entretien en question où pourtant il y avait des français, des italiens, un indien, deux kazakhes et moi-même, il avait mis tout le monde d’accord sur le fossé culturel qui séparait son peuple de tous les autres et plus particulièrement la divergence de sa configuration mentale par rapport à la norme humaine. Il s’était lancé, une heure durant, dans un anglais plus qu’approximatif, dans la présentation d’un obscur logiciel de modélisation. Sa présentation était truffée de graphes et de tableaux de chiffres énigmatiques qui semblaient pourtant lui paraître limpides vu l’excitation dont il faisait montre à chaque fois qu’une nouvelle diapositive apparaissait à l’écran. Ce qui était encore plus déroutant, c’est qu’il utilisait des mots anglais (enfin à 90%) mais les phrases en résultant n’avaient aucun sens en anglais. Il était d’autant plus difficile de le suivre que toute demande d’explication se heurtait invariablement à un sourire figé, un roulement complet des yeux (j’exagère peut être mais je me rappelle que ça me faisait flipper vachement), le tout ponctué par une série d’onomatopées propres aux japonais comme « ohhhhhh, hhhha » etc etc… A la suite de quoi, il reprenait son récit d’origine comme si de rien n’était. Nous nous regardions médusés conscients d’être témoins d’un spectacle rare. Au bout d’un moment, comme nous commencions tous à nous endormir, sa boss dut l’arrêter en insistant à plusieurs reprises. Il finit par se taire, un peu vexé (il fronçait très fortement les sourcils) mais, de temps en temps, comme si quelqu’un avait appuyé sur play, il reprenait une démonstration inachevée pour nous convaincre du bien fondé de son raisonnement ésotérique. Je n’en pouvais plus ; mes côtes allaient exploser mais je me retenais car les autres participants semblaient plus agacés qu’amusés. Alors que franchement, les occasions de se marrer en meeting sont tellement rares à moins d’être d’une perversité sans bornes…

C’est donc avec ce souvenir loufoque que j’entamais ma seconde « confrontation ». D’entrée de jeu, Motoyashi (que j’ai appellé Yamamoto tout le long de la réunion) mit la barre très haut ; il déplia, sans un mot, deux feuilles A3 sur la table. L’une comportait une centaine de lignes de calcul colorées en fluo, l’autre un graphe bizarre avec des flèches et des dessins partout. Ca y est ; c’est reparti pour un tour ! Mais étant rôdé cette fois, je mis mes écoutilles en off et me concentrai sur ses traits du visage puisqu’il était juste devant moi. Cheveux couleur jais, coupe au bol, yeux bridés, hochement de tête caractéristique, débit de paroles saccadé et avec des changements de tonalités brusques. Rien de bien original pour un Jap, somme toute.

De temps en temps, je lui posais une question afin d’apporter ma contribution à la réunionite. Il me répondait poliment à chaque fois « yes yes », je lui demandais s’il avait compris la question pour vérifier et il me répondait aussitôt « no ! ». Son comportement déconcertant suscitait des regards complices entre moi et ma boss ; cet homme a, en plus, des pouvoirs magiques !

A l’issue de cette réunion totalement stérile, Moto me suivit, de son propre chef, dans mon bureau. J’étais un peu gêné car je ne savais pas trop quoi lui dire. Heureusement, qu’il vit, très vite, Tokyo mon chat porte bonheur. Il s’extasia dessus comme un gamin ; je lui racontai brièvement mon voyage dans son pays natal jusqu’à l’heure du déjeuner. Déjeuner qui fut, par ailleurs, l’occasion d’une grande première puisque je déjeunai pour la première fois avec ma chef. Mais comme je n’avais pas le cœur d’abandonner le pauvre Moto entre les griffes de cette sangsue, je vins donc à la rescousse. Quoiqu’en y réfléchissant bien, vu le bordel que c’est dans la tête de notre invité nippon, c’est peut être à elle que j’ai sauvé la vie (meeerde !). On aurait pu la retrouver ligotée à poil au milieu du parking avec un entonnoir rempli de limaces planté entre les cuisses et un autre rempli d’excréments dans la bouche pour à la fois la nourrir et l’empêcher de crier (le sens pratique des japonais n’est plus à prouver). C’est peut être moi qui suis malade finalement…

Enfin bref, l’élan de nostalgie qu’il suscita en moi me donna l’envie de vous raconter mon voyage au pays où le soleil n’est ni moins ni plus levant que dans les autres. Je tiens quand même à vous avertir cher(s) lecteur(s) :
Avertissement : A tous ceux qui s’attendent à un guide de voyage au Japon personnalisé, je dis la chose suivante : allez acheter un guide du routard ou un Lonely Planet à jour et revenez lire la suite. Dans le récit qui suis, je vais plutôt m’attacher à raconter mon expérience personnelle du pays sans m’appesantir sur les détails touristiques ni me doter d’une réelle cohérence spatio-temporelle (j’aime bien ce mot ; il fait tellement science fiction).

Rentrons directement dans le vif du sujet. Je fais un fast forward sur les 12h de vols aussi durs que longs à s’enfiler.
Dès l’arrivée, la différence culturelle se faisait sentir et je ne parle pas du fait que tout le monde soit bridé. Ma première expérience d’altérité fut à l’occasion de ma première cigarette sur le sol japonais. Cela faisait bien 6h que j’en rêvais déjà ! Je me précipite donc hors de l’aéroport et sors une savoureuse clope de mon paquet en me délectant à l’avance du goût de nicotine qui allait sous peu envahir mes papilles et mes poumons. Juste avant de l’allumer, je me rends compte que les autochtones me regardent de travers ; je regarde autour de moi et découvre un gros écriteau sur lequel il est marqué : « please do not smoke out of the smoking area ». La smoking area en question était à l’autre bout de l’aéroport ; il s’agit en fait d’une petite serre où les fumeurs s’entassent comme des condamnés autour de hôtes aspirantes à l’efficacité remarquable. L’air à l’intérieur était, néanmoins, tellement chargé en fumée qu’il n’y avait même pas à sortir sa cigarette pour augmenter ses chances d’attraper le cancer. J’ai trouvé cette technique de dissuasion très subtile ; « vous pouvez fumer si ça vous chante mais vous aller en chier comme un fantassin à Okinawa ». En même temps, je n’en ai pas trop souffert puisque mon respect des « smoking areas » disséminées un peu partout dans la ville n’aura tenu que deux jours. Quoique j’avais toujours un relent de remords en jetant mes mégots au beau milieu des trottoirs impeccables.
Dans le bus qui me conduisait vers la maison de la cousine chez qui je logeais, je remarquai, les yeux mi-clos, que les bâtiments industriels étaient entrecoupés de mini rizières ; dans un pays où le manque d’espace est un problème obsessionnel, chaque parcelle de terre est bonne à assurer l’autosuffisance alimentaire. Je m’imaginais déjà en train d’ingurgiter matin, midi et soir mon sempiternel bol de riz gluant. L’avenir me donnera tort en l’occurrence.

Je fus sorti de ma somnolence de décalé horaire par l’émergence de la ville dans mon champ visuel. Sous la grisaille, Tokyo ressemblait à un mix entre Gottham city et le New-York de Futurama (http://www.google.fr/ pour ceux qui se demandent ce que c’est). Au dessus, d’un relief vallonné, une multitude de grattes ciel se concurrençaient à perte de vue. Le ciel était sillonné de routes superposées qui atteignaient les toits de certains immeubles. Je n’avais jamais rien vu de comparable, alors même que je n’avais encore rien vu.
Arrivé chez mes cousins, une famille charmante d’ailleurs, j’étais à mes limites de résistance au sommeil. On m’interdit pourtant de piquer un somme afin de ne pas chambouler mon cycle du sommeil. Tu parles ! Ce fut un enfer ! Pour me distraire on me fit faire le tour du propriétaire ; on m’expliqua que les 60m2 (pour un couple et 3 enfants) avec jardin étaient un privilège en termes de taille d’habitat. Il faut dire que l’espace dans une ville de 12 millions d’habitants est le luxe ultime. Par contre, les japonais se rattrapent sur la convivialité de leurs immeubles : halls d’entrées luxueux et dotés de leur propres salles de bains, parapluies fournis à l’entrée au cas où une de ces pluies soudaines assez fréquentes là bas se déclare etc etc

Un peu plus tard dans la soirée, on m’emmena me détendre à un onsen : le bain traditionnel japonais. Il s’agit en fait d’une succession de bains chauds aux parfums variés et inattendus : rose, jasmin, thé vert, fenouil. L’onsen en question se divisait en trois parties ; une partie réservée aux hommes, une partie exclusivement féminine et une dernière mixte. Conventionnellement, on se baigne nu dans les parties unisexes; c’est même interdit de porter un maillot. Le mari de ma cousine et moi choisîmes tout de même d’enfreindre la règle. Ça ne me gênait pas trop vu que mon penchant exhibitionniste n’est stimulé que dans les lieux où cette pratique est réprouvée. Ça avait l’air, en tout cas, de beaucoup déranger nos hôtes qui n’arrêtaient pas d’aller cafeter au surveillant (comme nos amis d’outre Rhin, ils aiment beaucoup ça à ce qu’on m’a dit). Ayons ignoré les remontrances du garde bassin (qui lui-même n’était pas à poil) à plusieurs reprises, on renonça finalement à nous défaire de nos mœurs de barbares. Je ne vois pas de quoi les autres clients se plaignaient d’ailleurs, puisque fidèles à leur racisme épidermique, ils quittaient chaque bassin à peine avions nous trempé un orteil dedans. Par contre, ce fut l‘occasion pour moi de vérifier un point ethnologique qui nous tracasse tous ; oui ils en ont des toutes petites (mais assez poilues par contre) ! Raison de plus pour ne pas m’obliger à déballer le matos et leur foutre des complexes.

Mais tout cela est anodin à coté de la partie mixte. Sur plusieurs mètres carrés, se succédaient des reconstitutions de paysages naturels et d’architecture traditionnelle qui servaient de cadre à des bains très chauds (mais alors là très très chauds) : cascades, mini palais, grottes et même un igloo (je n’ai toujours pas compris comment il ne fondait pas sous la chaleur étouffante). Comme il pleuvait, je m’étonnais du fait que le lieu soit bondé. On m’expliqua qu’ils étaient essentiellement fréquenté quand ils faisait mauvais temps car au bout d’un moment on ne sent plus le froid (mouais !) et encore le must c’est sous la neige. Je pense quand même que les japs aiment bien se faire mal de temps en temps.
En tout cas, au bout de quelques heures j’avais l’impression d’avoir fumé un gros joint ; j’étais d’un relax insolent. Ce soir là, je dormis comme un bébé (sauf que les bébés ne se réveillent pas avec une gaulle douloureuse le lendemain! pardon les familles tout ça, je n’ai pas pu m’en empêcher ; je commençais à trouver le récit un peu trop policé!).

Les jours suivants, j’ai traîné seul dans Tokyo ; de toute façon il est difficile de s’y ennuyer lors d’un premier voyage. La ville est, en fait, un patchwork de quartiers aussi différents que surprenants: Electric Town, Shibuya, Ropongi, Shinjuku, Ueno… enfin bref, on s’en fout des noms.
Ce qu’il y a de saisissant dans cette ville c’est la juxtaposition de la modernité la plus criarde et d’éléments de tradition multi centenaires. Les parcs en sont un parfait exemple ; au beau milieu de Shinjuku, un quartier branché de la capitale, s’étend sur plusieurs hectares l’insoupçonnable Meiji Shrine. Ce n’est pas vraiment un parc d’ailleurs ; c’est un jardin gigantesque construit autour du tombeau de l’empereur Meiji (de toute façon, pas de parc sans macabés là bas). Quand on s’y engouffre pendant quelques minutes, on du mal à croire que l’on est encore au beau milieu d’une ville du XXIème siècle ; les agressions sonores de la modernité s’estompent petit à petit pour finir par disparaître et le rythme du temps semble se ralentir (j’en fais pas un peu trop là ?). Les néons fluos cèdent la place à des arbustes parfaitement taillés, des assemblages de fleurs savamment mariées et des mares remplies de carpes immondes mais très chères à ce qu’il parait. En tout cas, flâner pendant des heures , que ce soit au parc Meiji ou celui du palais impérial, est un plaisir qui flatte les sens et transporte l’esprit (j’arrête là j’ai un haut le cœur tellement ce qu j’écris est dégoulinant de romantisme).

Le décalage avec le vacarme et la modernité urbaine qui vous saisit dès que vous en sortez est, du coup, déroutant.
L’antithèse de ces parcs traditionnels est l’impressionnant carrefour de Shibuya. Mais si vous connaissez : c’est le carrefour qu’on montre à la télé à chaque fois qu’on fait un reportage sur le Tokyo cosmopolite. De jour comme de nuit, des milliers de fourmis… euh pardon de gens traversent en flots discontinus ce carrefour sous les lumières psychédéliques d’écrans de publicité géants.
C’est, en autres, en ce lieu où la jeunesse délurée du pays traîne en fin d’après midi. Oui je parle bien des gonzesses habillées comme des actrices SM en trip régressif et des mecs sapés comme des mouches à merde sous ecsta (c’est pas facile à visualiser je le concède). En fait, leurs « rebelles » sont assez décevants ; ils sont tous pareils et portent des fringues et des gadgets qui valent le salaire mensuel d’un cadre. L’uniforme du djeun’s cool japonais est extrêmement codifié ; jupes et shorts ras la fouffe pour les meufs, baggys et marcels pour les mecs avec piercings et extensions capillaires aux couleurs improbables pour les deux, le chapeau est aussi un attribut commun (évidemment que je résume madame). On a plus l’impression que c’est un rite de passage de l’age ingrat qu’une manifestation contestataire profonde. De toute façon, pour être un vrai rebelle, là bas, il faut jeter ces mégots de cigarette par terre et traverser les feux piétons au rouge. Et je peux vous dire que bien souvent j’avais l’impression d’être Tony Montana. De toute façon, on pardonne tout aux étrangers ; ce ne sont que de pauvres barbares qui ne peuvent apprécier la poésie d’une fleur de lotus en éclosion.

Par contre, une fois passé à l’age adulte, la métamorphose est brutale. C’est le début de 50 ans au moins d’austérité absolue; on enfile son costard sombre pour les mecs, ses ballerines et sa gabardine pour les filles. A la poubelle les piercings et les cheveux longs (je vous rassure pas pour les filles). Dans un pays où historiquement l’individualisme a toujours eu du mal à émerger face au bien commun, le dévouement au shogun et le respect des codes ancestraux a laissé place à la loyauté à l’entreprise et aux horaires à rallonge. Eh oui !même les 2000 ans de raffinement civilisationnel isolé du Japon n’ont pas su résister longtemps au déferlement des paradigmes capitalistes (il faut dire qu’une bombe A dans la gueule ça aide à reconsidérer sa position). Si ces pauvres samouraïs (dont les descendants dirigent aujourd’hui les conglomérats du pays) savaient ils se seraient peut être détendus un coup. Il en faut de la motivation pour découper pendant des années des tiges de bambou en quête du geste parafait; leur héritage aurait été moins trippant, en même temps. Je relativise, tout de même, en précisant que si la forme a changé le fond tendu est resté presque intact.

Et comme tendus, ils le sont éminemment. Les sus nommés cadres là bas ne marchent pas ils trottent, pour déjeuner ils se précipitent tous vers un marchand ambulant de sushis qu’ils engloutissent debout avant de courir au bureau en marmonnant. Je les imagine bien le soir, plongés dans la solitude froide de leur cage à poule tapissée de bambou, une bouteille de saké à moitié entamée sur la table basse, la télévision crachant les hurlements torturés d’un porno gore (oubliez tout ce que vous connaissez en la matière, ils sont imbattables dans le domaine). A peine le monument du 7ème art achevé, ils se saisissent de leur poignard à double lame qu’il enfoncent jusqu’au à la poignée dans leur bas ventre en étouffant un râle de douleur qui leur déforme le visage. Le sang finit par couler et serpenter le long de leur yukata en soie pour enfin se mêler à leur foutre encore chaud. Eh ouais mec ! Fallait pas se louper sur la slide n°23. (la même scène peut être aussi imaginée au pied d’un cerisier dont les fleurs à peine écloses sont balayées par une brise printanière pour les âmes un peu plus fleur bleue. Le résultat est le même ; l’urne funéraire).

Sans transition, au cours de mon rapide séjour, je pris aussi trois jours pour visiter Kyoto et Nara, deux anciennes capitales impériales. Ce fut l’occasion de prendre le Shinkanssen (le TGV nippon). Ceci me valut, étant donné mon sens de la ponctualité, une course contre la montre dans les dédales du métro tokyoïte d’autant plus excitante qu’il est strictement interdit de courir dans les couloirs là bas (ni de parler à voix haute dans les rames !). Je réussis tout de même à attraper mon train au moment où les portes du train se fermaient ; gros kiff ! A peine installé, je faillis m’asphyxier ; j’avais pris le wagon fumeur par « exotisme » sans me douter que là bas quand on fume dans un train ce n’est pas un plaisir mais un travail à la pièce. On prend une place fumeur et on s’engage à l’honorer tel un samouraï tout le long du trajet. En arrivant à Kyoto, j’avais perdu au moins une demi journée d’espérance de vie.

Kyoto et Nara surtout sont assez différentes de Tokyo ; ce sont des villes plus réduites, presque plus rurales. En tout cas, l’usage de l’anglais déjà parcellaire à la capitale, se fait plus rare. Mon erreur fut d’opter pour le bus comme moyen de transport ; ce fut un véritable calvaire ! Tous les plans étaient en japonais de sorte que les touristes se perdent, pleurent et ne reviennent jamais probablement ; on en en veut autant aux étrangers qu’aux thons rouges dans ces contrées apparemment. Les chauffeurs de bus ont fini par me confirmer cette impression en s’entêtant à contrôler encore et encore mon billet alors que je leur demandais de m’indiquer le bon arrêt à force de gestes tellement universels qu’un chimpanzé lobotomisé les aurais compris. J’ai encore un frisson dans le dos quand je repense à leurs regards sévères. Leur dureté vient peut être du fait qu’ayant été tous candidats à être kamikazes durant la seconde guerre celle-ci n’a pas assez duré pour qu’ils aient l’occasion de s’exploser avec jouissance contre un destroyer américain. Depuis, ils ont beaucoup de mal à se vider des milliers de bars de pression qu’ils avaient accumulés à l’époque. Et aucune prostituée aussi endurante et dévouée soit elle ne peut y remédier. Du coup, il leur reste les étrangers perdus ; surtout ceux dont on ne peut même pas imaginer la provenance comme moi. Au final, je n’ai jamais autant marché qu’à Kyoto !

Néanmoins, les deux villes valent largement le détour. Sans m’épancher sur la foultitude de temples shintoïstes et bouddhistes magnifiques qui y cohabitent, je vous recommande comme morceaux choisis les pavillons d’or et d’argent à Kyoto qui sont, à mon sens, deux exemples flamboyants du goût japonais pour le détail. Quant à Nara, il n’y a rien retrancher puisqu c’est une sorte de ville musée avec un circuit montagneux que l’on fait en une demi journée. Ne ratez pas tout de même (de toute façon c’est impossible, ils sont partout) les daims « sacrés » qui peuplent le flanc de montagne auquel la ville est adossée. J’incite néanmoins mes lecteurs zoophiles (et je sais qu’ils sont nombreux) à refreiner leurs ardeurs car la réaction des locaux risque d’être féroce.

Je ne peux évidemment clore cet article sans évoquer la gastronomie locale rapidement. En quelques mots : le jour où dans un restaurant japonais à Paris, on sortira les poissons de l’aquarium pour les tuer et transformer en sushis devant vos yeux on reparlera d’une comparaison possible. Faudrait déjà commencer par avoir des japonais dans les cuisines ; ce serait un bon début. Car le sushi au pays du soleil vénère est plus qu’un art c’est une philosophie de vie (dixit Thierry Marx pour les conoisseurs). Pour devenir maître sushi, il faut suivre un processus initiatique qui va de la plonge jusqu’à la préparation du poisson en passant par le vidage de la bête. Ça prend à peu près dix ans pour vous donner une idée. En tout cas, le résultat est fameux.

Ah oui j’ai failli oublier ! Malgré tout ce que j’ai pu dire auparavant, ce qu’il y a de plus prodigieux au Japon, ce sont les distributeurs omniprésents dans les villes et dispos 24h. Distributeurs de quoi ? Distributeurs de tout ! Boissons alcoolisées ou non, café, nourriture chaude et froide, cigarettes (on peut même choisir son dosage de nicotine). C’est le pied ; aucune fringale de foncedé ne peut rester inassouvie. Il est paradoxal qu’un peuple aussi écrasé par le sens du devoir puisse être aussi sensible aux outils du confort matériel. A moins que ce ne soit une autre ruse infâme de la bête capitaliste en vue d’aliéner les forces productrices (calme toi, respire un bon coup). Hummmm… faut que j’y réfléchisse.

Je pourrais continuer encore sur des pages et des pages mais je préfère m’arrêter là pour ne pas vous lasser (et parce que j’en ai marre d’écrire aussi). Je pourrais encore gloser pendant des heures sur le rapport des japonais à la langue anglaise ou encore la criminalité recrudescente chez les seniors qui préfèrent croupir en prison qu’affronter la honte de la rue. Mais si vous vous voulez plus de détails n’hésitez pas à me laisser un commentaire (comme vous le faites déjà par millions !). Comme dit ma copine : « heureusement que tu n’es resté que 10 jours là bas ! ».

Tout cela étant dit, quand je passe mon bureau en revue j’ai envie qu’un vortex inter dimensionnel s’ouvre et me télé transporte à Tokyo ou New York ou N’djamena ou un quartier craignos de Bogota… à partir de Baghdad, en fait, je commence à chipoter.

Bon, je dois vous laisser car j’ai un second entretien avec mon ami japonais qui risque d’être folklorique (et en effet, il le fut. En fait, au moment où je termine ce message, je viens de revenir de la réunion. J’avais l’impression d’assister à une pièce de théâtre surréaliste à petit budget coincé entre ma chef et Hiro Nakamura).

Ah au fait ! Avant de vous quitter, je tiens à signaler que ce mail n’est qu’un prélude à un texte plus analytique disons sur le thème des voyages et du brassage culturel dans le monde des entreprises capitalistes (oui d’où le ½ dans le titre, d’où le titre aussi).

To be continued…

P.S : Les bonnes nouvelles du jour (à part l’extraterrestre japonais) : on nous a livré une tonne de petits chocolats pour café avec lesquels je me goinfre depuis ce matin et en plus, il y a une petite grosse avec une énorme paire de seins à l’étage maintenant. C’est Moto qui va être content…

lundi 17 novembre 2008

De la relativité du bad : Élucubrations sur fond de crise mondiale


Bon bah décidemment aujourd’hui aura été une journée en « hypotension » ; à savoir un état d’aversion à l’activité qui signale une approche critique de la zone de dépression. Mais j’ai encore un peu de marge… j’espère.

Il faut dire que Paris ne m’aide beaucoup, en ce moment. On dirait que la ville a pris de l’avance sur les signes avant coureurs de l’apocalypse (je lis pas mal sur le sujet en ce moment si ça peut vous donner une idée de mon état d’esprit).Vents glaciaux, couche de nuages gris permanente, pluies soudaines et violentes. De temps en temps, je vérifie par la fenêtre si La Bête n’est pas en train de rôder dans les parages avec un agneau ensanglanté dans la gueule. D’autant plus que mon we très ensoleillé à la campagne chez un ami homosexuel de ma copine (50% d’entre eux le sont, je ne sais pas pourquoi) m’a un peu désadapter au temps de merde.
En même temps, ça me prépare un peu à Atryrau city. Soyez patients vous n’entendrez bientôt plus parler que de ça sur ce blog !

Autant dire que j’étais remonté à bloc pour attaquer cette semaine de joyeux labeur : arrivée à Badland Ltd vers 10h15, habillage, consultation assidue de mes mails, pause café clope. Oui vous avez bien lu, je me change au bureau ; je laisse toujours un costard accroché (en l’occurrence étendu car je n’ai pas de cintre en ce moment). J’enfile mon uniforme en arrivant et je m’en déleste en sortant. Non pas que je vive dans une cité dangereuse et minée par le chômage mais je me sens toujours un peu ridicule en costume ; est ce qu’un boucher (ou un chirurgien moldave) se promène avec son tablier maculé de sang dans les rues de la ville ? Eh ben moi non plus. A toux ceux qui ont répondu oui à la précédente question, je leur conseille de changer de boucher rapidement. Il est peut être déjà trop tard au moment où je vous écris.
Cette habitude me procure d’autant plus de satisfaction, qu’elle flatte mes tendances exhibitionnistes. Et je vous avouerais qu’en ce moment je suis servi ; la tour d’en face étant très proche de nos bureaux, je suis à peine défroqué qu’une demi douzaine de paires d’yeux affolées et outrées se posent sur mon « paquito » indécent. Je peux vous dire qu’il sait les recevoir en frétillant un bon coup dans son étui. Et encore j’ai la politesse de garder le bas!
Enfin bref, le temps que la sève redescende de l’arbre, je me rends compte que mon téléphone est verrouillé ; après enquête, j’apprends qu’un technicien l’a désactivé et que comble de la chance il ne pourra le remettre en marche que mercredi car il est en formation. Et un moyen de communication vers l’extérieur en moins ; chic je commençais à être agoraphobe. Cet évènement était un signe clair que je devais aller rejoindre mes quelques amis à mon ancien bureau avant de commettre l’irréparable. Je préviens donc ma mégère de chef (je suis méchant parcequ’elle est gentille au fond. Arretez de faire oooooh !!) que je ne mangerai pas avec elle aujourd’hui encore et je file à l’autre tour (oui je vis entre deux tours mais ça n’a rien d’un remake du seigneur des anneaux). Là bas, je déjeune deux fois ; une fois en tant qu’acteur et la seconde en tant que spectateur. Ensuite je joue à mon jeu préféré : « la balle de billard » je rebondis d’un bureau de pote (je sais pas comment dire autrement) à un autre jusqu’à ce que tout le monde me chasse officiellement. J’ai tenu deux heures aujourd’hui ; beau score !

Une fois revenu à mon bureau, je constate avec plaisir qu’il n’y a plus personne à l’étage. Je me rends compte que j’ai un entretien de prévu au ministère de la récession technique vers 18h. Un sentiment d’angoisse étouffante m’envahit aussitôt rien qu’en m’imaginant errer comme une souris piégée dans le labyrinthe du bâtiment Colbert (et encore j’ai de la chance ce n’est pas le hall Vauban). Je pris donc mon téléphone et me décommandai des mes deux entretiens (je me disais qu’un double fill à la suite ferait moins mal) auprès de la secrétaire en prétextant être coincé à Pau à cause de la grève aérienne. Excuse mesquine mais crédible (merci camarades pilotes d’Airfrance ; puisse votre combat aboutir avant que j’ai besoin à nouveau de prendre l’avion pour de bon). La dame me proposa de fixer un nouveau rendez vous mais j’esquivai rapidement en disant que je la rappellerai après avoir checké mon agenda surchargé (j’ai un événement le 24 décembre et un autre le 31). Je pense que je ne la rappellerai jamais. Merde alors je vais être black listé dans ce département ! Tant pis ; c’est bon de brûler les navires de temps en temps.

En fait, en me remémorant les différents entretiens (voir messages précédents) que j’ai eu au ministère la semaine dernière, je me suis rendu à la dure réalité ; je ne suis pas fait pour être cloîtré pendant des heures dans un bureau exigu, surchargé de dossiers mal rangés avec pour seul horizon visuel une moquette vert pale mouchetée de bleu. Oui, je confirme, les clichés en la matière sont vrais, voire sous évalués. Et une fois votre rapport imbittable au commun des mortels fini, il faut aller le présenter, de préférence de manière obséquieuse et servile, à un chef austère et dégarni qui reporte toute la frustration du refus de sa dernière promotion sur vous (et probablement un peu le fait que sa femme soit imbaisable et que les autres le font payer). Car à force d’entasser des diplômés d’écoles prestigieuses dans les postes A+ (c’est l’équivalent de cadre dans le jargon public) des ministères ils finissent par se barrer la route. Et du coup, inévitablement, une carrière ne se joue plus à la compétence avérée mais aux litres d’auguste sperme hiérarchique que l’on peut avaler (veuillez excuser ma vulgarité mais si vous avez été choqués par celle-ci ne lisez pas les phrases d’après). Je n’ai ni la gorge assez profonde ni assez de salive pour faire passer tout ça. En même temps, je sais, personne ne se définit comme étant un gros suceur de chefs ; les gens préfèrent dire « je suis ambitieux ! », ça sonne mieux généralement.
Je préfère encore effleurer de temps en temps le gland fané de mes boss actuels pour leur donner un petit kiff. Ils ne sont pas très difficiles à satisfaire, il faut leur reconnaître cette qualité.
Pour être honnête (profitez en), l’image de ses bureaux fermés et identiques qui entrecoupent à perte de vue les murs en marbre marron du ministère me glacent un peu le sang. Je trouve mon bureau presque chaleureux en comparaison et en plus je suis assez libre de mes allées et venus car une réunion est si vite prétextée ici. Ce serait stupide de ma part de quitter mon bad ordinaire pour me précipiter vers un autre plus hardcore. Quoique la suite du programme si je reste ici risque de rééquilibrer tout ça…

Plus sérieusement, pendant que je me lamente sur mon sort comme une lopette (j’en suis conscient rassurez vous), les 20 dirigeants des plus puissants de la planète se réunissaient à Washington pour trouver une solution « métaphysique » à la crise économique mondiale. C’est marrant je croyais que c’étaient les mêmes qui l’avaient laissée éclore. Faut croire que je suis un peu limité.
Quoiqu’il en soit, saviez que ces 20 pays représentent à eux tous seuls 85% du PIB (et donc de la richesse) mondial ? Ça vous donne une idée du poids qu’ont les 100 et quelques autres pays dans les organismes internationaux et les négociations multilatérales.
Vous savez peut être aussi que dès les années 50, des économistes renommés avaient théorisé la croissance « zéro » comme le point stable d’une économie développée. Ça aura pris du temps mais on y est finalement arrivés ; sauf que maintenant on n’est pas contents ! L’insatisfaction humaine est chronique décidemment ! C’est pour ça que notre vie est labeur et que nos femmes enfantent dans la douleur !

Sur ces considérations d’une érudition et d’une profondeur difficiles à égaler (je laisse une chance aux autres car je suis modeste), je me tire de ce trou à rats savants car, je vous le rappelle, je suis déjà seul à mon étage (eh oui il n’y a pas qu’à la fonction publique qu’on se tripote la seringue…)

Ciao et j’attends toujours vos propositions d’emploi… ou autre (j’ai rien dit !)

P.S : BlackMonk est ce bien toi ?
P.S 2 : J’ai hésité longtemps avant de mettre cette photo horrible comme illustration du thème peste vs choléra. Mais elle m’a fait tellement marrer que je la laisse un peu avant de la remplacer par une image un peu plus « intellectuelle»

jeudi 13 novembre 2008

Paris est elle vraiment plus vertueuse qu'Amsterdam? Réflexion post champi


Afin de fêter dignement la bravoure de l'armée française lors de la grande guerre, mes amis, dont je vous parlerai très certainement plus longuement, et moi avons décidé nous aussi d'attaquer le front nord est. La victoire fut totale; Vendredi 7 Novembre 2008 avant même que les 12 coups de minuit retentissent nous étions tous réunis à AMSTERDAM la merveilleuse (oui le superlatif trahit mon admiration de drogué amateur).

En plus des amabilités d'usage (Jack Herrer, white widow et autres northern lights), ce voyage était pour moi l'occasion d'une grande première: tester les champignons hallucinogènes que j'appellerai dans toute la suite du récit les champis par simplification mais aussi un peu par affection. Avant d'y goûter, je n'avais pas d'avis définitif; une certaine appréhension, certes, mais une grande envie de franchir le pas initiatique. Depuis ma plus tendre enfance, j'ai toujours été attiré par le monde du non visible qui me fascinait et m'horrifiait à la fois. Je crois fermement aux forces spirituelles au monde de l'intelligible. Je trouve, de ce fait, passionnantes les tentatives artistiques, ésotériques ou méditatives afin d'y accéder.

La découverte des drogues naturelles, était pour moi en grande partie un moyen d'explorer le monde de l'invisible; cela me donne, toute proportion gardée, l'impression d'être l'héritier des prêtres primitifs qui se sont initiés il y a de cela des milliers d'années. Je trouve inouï, voire troublant, qu'il existe autour de nous des éléments naturels et donc ,s'il on est croyant, des créatures divines qui permettent de modifier notre perception du réel ou encore de faire surgir des agissements profondément enfouis en nous comme une seconde nature.
C'est aussi, je l'avoue, un moyen rapide de se faire de bons et plus ou moins longs trips entre potes.

Enfin bref, durant ce we, nous en primes deux soirs de suite avec des résultats inégaux mais agréables, en ce qui me concerne en tout cas. Nous étions dans des états seconds pendant des heures avec des notions du temps et de l'espace totalement dilatées. Lorsque nous fermions les yeux, nos hallucinations visuelles étaient tellement intenses et inédites qu'elles ne peuvent être transcrites verbalement. En gros, nous avons ,durant trois jours, circulé dans un périmètre étroit entre notre auberge (le flying pig pour les conoisseurs) et un parc mitoyen. Nous avons , tout de même, dans des élans de témérité, tenté des incursions en centre ville pour nous nourrir de burgers et déplaner tranquillement dans nos coffeshops préférés. Au final, nous nous sommes bien amusés en nous tapant de bons fous rires et avons abordé toutes sortes de sujets des plus puérils aux plus existentiels (on était notamment tous d'accord pour abandonner nos métiers actuels).
A peine revenu à Paris, le changement d'ambiance était radical; même temps de merde avec en prime contrôle de police sur le quai de la gare du Nord, saisie de mon sachet de weed et sermon moraliste. Il s'en suivit une belle manifestation de la loi de Murphy qui ne vaut pas la peine d'être évoquée. Fini la liberté mais vive Paris quand même! Je savais qu'au pire je pourrais me mettre une murge sévère en toute impunité.

Ce qui m'amène à poser, de manière plus sérieuse, la question suivante: quelle est la rationalité de l'interdiction légale des champis (entre autres) alors qu'ils sont le fruit de la nature spontanée. Des arguments faciles doivent déjà fuser dans vos têtes: danger pour soi et pour les autres, criminalité et autres chimères à la queue fourchue. Mais réfléchissez quelques secondes: croyez vous vraiment que quelqu'un qui voit le sol respirer et ses tiges de cigarettes zigzaguer en rigolant béatement soit réellement un danger imminent pour la société? Car il ne faut pas perdre de vue que le fondement de nos lois est la protection de la norme sociale. Et celle concernant les drogues douces, dans lesquelles je range les champis, me semble beaucoup plus culturelle que rationnelle. Déjà au moyen âge, on brulait, sous prétexte de sorcellerie, les paysannes et plus particulièrement paysannes qui étaient en proie à des crises de délire sous l'effet de l'ergot de seigle qui pousse sur certaines céréales. L'Europe médiévale avait dès lors oublié et récusé son passé druidique;il en est toujours de même aujourd'hui. La peur du camé a remplacé celle du sorcier.

Malheureusement, force est de constater, que même en Hollande, la tendance législative va à l'encontre de mon argumentation. Les rues du quartier rouge bruissent depuis quelques semaines à propos d'une loi qui interdirait la commercialisation des champis dans les smartshops. La pression de ses voisins européens et notamment français y est certainement pour grand chose. L'évènement déclencheur est d'ailleurs beaucoup plus proche de nous que l'on peut croire: une jeune française de 17 ans est morte en se jetant d'un pont à Amesterdam lors d'un bad trip sous champis en 2007. L'accident est certes dramatique mais n'arrive pas à m'ôter de l'esprit le fait que l'alcool, au volant ou pas, est l'une des causes de mortalité majeures dans notre pays. Et pourtant le consensus veut que tels accidents sont dus à des comportements excessifs isolés et que la clé en la matière est plus à chercher du côté de la modération individuelle que de l'intervention légale. On s'évertue même à trouver des vertus médicales à certaines variétés de vin et pourquoi pas penser que le whisky fait remonter les cours de bourse ou que la vodka aide à apprendre le russe pendant qu'on y est. Il faut dire que si le lobby des producteurs de marijuana était aussi puissant que celui de des viticulteurs l'asymétrie du discours officiel ne serait pas si flagrante. Je tiens à faire remarquer, par ailleurs, que les vertus médicinales du cannabis dans l'atténuation de la souffrance de certaines pathologies lourdes est avéré. La réalité est qu'il n'y a jamais eu autant de beuveries et de comas éthyliques en écoles et facultés; on boit parce qu'il est cool de boire jusqu'au vomi et non plus seulement par plaisir. J'ai pu le constater récemment lors de mes études . J'ai du mal à ne pas y voir un deux poids deux mesures culturel en la matière.
Plus important que cela, je trouve franchement dommage que nos sociétés prétendument positivistes ignorent de manière bornée les clés ouvrant des portes vers d'autres mondes. C'est l'occasion d'un réenchantement naturel du monde que nous négligeons, en fait.
Votre avis sur le sujet m'intéresse beaucoup.

Les origines du mal!


A force de vous parler de l’enfer que représente pour moi mon travail actuel, il serait temps de faire un petit descriptif de mon lieu de travail et de mon équipe de choc. C’est en fait, le récit de ma première journée dans mon nouveau bureau que j’avais transmise à l’époque à mes anciens collègues et que je vais vous faire partager (oui je sais vous vous en foutez un peu mais j’insiste).

D’abord la compo :
Emilie et sophie ; les deux secrétaires africaines de l’étage : à priori sympa, pourvu que ca dure.

Dominique ; ma chef : gauchère imbaisable. Je n’arrive pas à la définir autrement car cela explique assez bien son état actuel. Attendez je fais un effort … je cherche je cherche… ah si ! Psychotique ; ça lui va bien aussi.

Loyd (ou un nom à la noix qui y ressemble), le DF : un rouquin qui fait semblant de ne pas entendre Dominique quand elle parle. Première impression : gros blaireau.

La bande de consultants : parqués à 5 dans un bureau pas plus grand que le mien. Ne présentent pas d’intérêt particulier à part que la seule fille du groupe est très mamelue (je sais je suis un gentleman).

Et enfin, des quinquagénaires anonymes dont les regards vitreux rehaussent l’allure fade qui errent comme des âmes en peine dans les couloirs en traînant leurs bidoches dégueulasses. Je ne sais rien d’eux et je ne veux pas en savoir plus.

Les présentations étant faites, revenons au déroulement des événements. J’avais à peine quitté mon ancien bureau qu’un sentiment d’angoisse commença à m’envahir. A mesure que j’approchais de la tour du bad (là où je travaille maintenant), il ne cessait de grandir. J’essaie de me ressaisir, me dit que je suis un grand garçon et que mes états d’âme ne sont que de la gâterie… Rien n’y fait ! J’avais à peine badgé pour accéder à l’étage qu’une sirène stridente doublée d’un gyrophare rouge type Starsky & Hutch s’enclenche dans ma tête. Une voix affolée me répète inlassablement : « Barre toi mec ! Tu looses (ca prends un s ?!) ». N’étant pas encore complètement névrosé, je continue tout de même mon chemin de croix (ou de croissant turque si certains préfèrent)

J’ouvre la porte en bois usé de mon bureau et je constate, avec dégoût, que rien n’a changé par rapport à ce matin (première visite). Mêmes murs en plaques ocres, même moquette bleue souillée, même vue imprenable sur les bureaux de la tour d’en face. De quoi déprimer un bisounours sous oxygène liquide en somme. En regardant bien autour de moi je constate qu’on m’a installé une superbe imprimante HP Laserjet P2015d à ma droite. J’ai du mal à refreiner mon érection ! Heureusement qu’en tournant la tête je découvre, avec ravissement, que je suis pile en face de la porte marron (mais beau petit marron diarrhée alors) du local basse tension. Charmant ! Quoique si je décide d’en finir ça peut être rapide et moyennement douloureux. Vous voyez que je peux positiver.

Au bout d’un quart d’heure je me décide d’aller voir la morue qui me sert de boss et qui occupe le bureau mitoyen. J’entre en disant bonjour ; rien de bien original. A ma grande surprise, elle sursaute de sa chaise en poussant un cri de bécasse blessée (ne me demandez pas comment je sais reconnaître un cri de bécasse blessée). Elle gagna du coup dix points de plus sur mon échelle du mépris dont elle trustait déjà la première place. Elle m’explique qu’elle avait déconnecté à cause de la lecture d’un document somme toute assez chiant et que mon entrée lui a fait peur. Une meuf normale quoi ! Elle embraie sur des banalités sans fond mais j’avais déjà fermé les écoutilles en arborant un sourire niais et hypocrite.

Je retourne à mon bureau en repensant aux paroles de Fabrice (mon ancien boss) qui m’a répété à volonté que ce serait « une belle aventure ». Je l’imagine dans la foulée nu à quatre pattes, dans une prairie, en train de se faire un plan à trois avec deux ours des apalaches déchaînés. Ça c’est une belle aventure qu’on peut raconter à ses petits enfants !

Un peu barbouillé par toutes ces émotions fortes, je me mets en quête des toilettes. Je fais le tour complet de l’étage avant de découvrir, ô comble de joie, qu’elles étaient à coté du local base tension. Comment ai-je pu les rater ?! J’ouvre la porte. Jusque là, tout va bien but wait for it… je découvre que la porte des toilettes était en fait un vortex interdimensionnel qui donne accès au tiers monde : miroir tacheté de noir, marbre jauni, distributeurs de savon vides, faïence blanche avec des motifs verts hôpital. Je ressors, vérifie, re-rentre. Non non c bien ça je suis bien au 8eme étage de la tour du bad. Le petit panneau demandant aux messieurs de laisser les toilettes et les lavabos PROPRES (en majuscule dans le texte) finissait de me le confirmer. Au cas où quelqu’un déciderait de se soulager de sa paella de la veille dans le lavabo peut être, je ne sais pas.

Ayant constitué un dossier préliminaire mais bien solide sur l’affaire , je reviens donc à mon portable , qui est désormais mon seul ami, bien décidé à vous faire part de mon nouveau cadre de travail.
Au moment où je lève la tête pour voir si je n’ai rien oublié, je découvre que le toit est grillagé comme une fenêtre de prison et que seul un néon sur deux fonctionne. Au moins, ça explique la semi pénombre dans laquelle je suis constamment plongé. Entre ça et l’immense tour à côté, je vais devenir aveugle en redécouvrant les rayons de soleil vers Mars Avril. Chic alors ! ça m’évitera peut être d’aller au Badésthan (je veux dire le Kazakhstan, mais ça c’est pour un autre épisode).

Le petit coin détente

Sans transition, un pot pourri de liens vers des sites qui gagnet à être connus (que je connais en tout cas):

http://www.tchatche.be/yeti5.html Lien vers un site contenat tous les jeux Yetisports qui présente l'avantage d'échapper aux pare feux les plus stricts.

http://denisemilani.canalblog.com/ Le site d'une jeune fille à la plastique superbe et généreuse (un peu trop peut être) qui profite d'un business modèle ingénieux à savoir montrer son corps son dévoiler les points critiques (ca suffit vous verrez). Par contre, quand on l'entend parler, on se rend compte très vite que ce n'est pas elle qui a eu l'idée.

Et en bonus, un ppt du salon de l'automobile de Francfort expliquant (de manière frappante) pourquoi Subaru a du mal à se vendre en Europe:

Mes entretiens au Ministère


En quête de reconversion depuis quelque temps (ce qui n'aura pas échappé aux lecteurs les plus assidus), je me suis mis en tête qu'un emploi au ministère de l'économie et du badé financier me conviendrait peut être. Empli donc de clichés sur la fonction publique (horaires de bureaux de poste, pauses à rallonges et vacances tous les 15 jours), j'ai entamé une série d'entretiens avec des individus tous plus ternes les uns que les autres. J'ai plus, d'ailleurs, l'impression de réaliser un documentaire sur la bureaucratie française que de passer en entretien. Je devrais peut être emmener une caméra cachée la prochaine fois.

Rien que ce matin, profitant de l'absence de mes boss, j'ai eu deux entretiens. Preuve de mon extrême motivation, je suis arrivé avec 20 minutes de retard ce qui n'a pas manqué d'impacter ma ponctualité pour la seconde entrevue du coup. Belle entrée en matière. Il faut dire qu'à moins d'être l'architecte qui a construit le ministère ou Passepartout, c'est quasi impossible de se retrouver dans les dédales de Bercy; allées et bâtiments identiques, monte charges inutilisables mais ressemblant comme deux gouttes d'eau aux vrais ascenseurs et succession de panneaux tous plus elliptiques les uns que les autres (Pile7, Ascenseurs Nord, Bureaux D...) pour s'orienter.
Ah oui j'oubliais; avant d'entrer il a fallu passer par un portique magnétique gardé par les douanes au cas où un dangereux forcené viendrait essayer de braquer le temple de l'argent de l'Etat. Quoiqu'il n'est pas exclu que la vengeance de certains anciens employés aigris à force de faire la ronde des loges à paerasse soit terrible. En tout cas, vu le fatras que j'ai toujours dans mes poches (clés, briquets, capotes, vieux papiers..), il m'a bien fallu 5 minutes pour passer sous l'oeil agacé des messieurs en costume auquel j'appartiens au moment où je vous écris. Enfin bref, tout cela me donnait envie d'en être déjà.

Mon premier interlocuteur était un homme assez guindé mais dont le zézaiement le décrédibilisait totalement à mes yeux. Malgré son allure stricte, sa chemise et sa cravate roses trahissaient une certaine excentricité. Je n’irais pas jusqu’à faire une analyse de ses penchants sexuels. Le gente damoiseau au CV impressionnant par ailleurs (X, ENSAE,LES svp) me noya de concepts budgétaires et de sigles tous plus barbares les uns que les autres d’entrée de jeu. Me voyant décrocher, il essaya de m’appâter avec une note de synthèse qui aurait plongé un clerc de province dans un coma prolongé. Je dus malgré tout me ressaisir quand il commença à me poser des questions du genre : « imaginons que la croissance du PIB baisse de 1% et que le déficit budgétaire… » J’étais complètement à côté de la plaque d’autant que je m’étais engeulé avec ma copine la veille et que je préparais ce que j’allais lui balancer à la face. Néanmoins, il semblait être intéressé par mon profil (au sens figuré j’entends) mais voulait vérifier mes compétences auprès d’un de mes partons qui bien évidemment ne sont pas au courant que je cherche un nouveau travail. Je lui répondis poliment que je lui transmettrais un nom en passant en revue mes amis au boulot qui pourraient simuler être mes chefs.

Je courus, ensuite, de l’autre côté de l’allée principale pour retrouver mon second interlocuteur. Changement de style ; petit gros débraillé à l’air suffisant. Il m’expliqua longuement qu’il était en charge du financement d’une bonne partie de l’économie française à lui tout seul et que, contrairement aux autres blaireaux, lui avait des missions opérationnelles. J’eus du mal à dissimuler, l’érection qui s’en suivit. Je lui fis un topo rapide de mon parcours et lui expliquait que je ne trouvais plus de motivation dans mon job. Je lui lâchai même un « je me fais chier » afin d’introduire une pointe d’informel. Ma vraie fausse crise d’honnêteté marcha à merveille si ça vous dit de la recaser.
Intéressé aussi par ma candidature (décidément il ne leur en faut pas beaucoup), il m’emmena au bureau de sa « sous »-directrice pour prendre rendez vous. Personne n’était là bien évidemment. J’esquissai un sourire à la limite de l’effronterie. Les clichés ne sont pas si éculés finalement.

En quittant mes deux potentiels futurs chefs, je trouvais que le mec de la semaine dernière était presque funky malgré son laïus sur la solitude du macroéconomiste et mon job actuel presque pas mal.

Mais un tel job présente un avantage substantiel pour moi; il est limité dans le temps. Au cours de mes trois derniers entretiens ainsi que celui des RH, on m’expliqua que n’étant pas fonctionnaire ni issu d’un des corps de l’Etat, je ne pouvais prétendre à autre chose qu’un contrat de deux ans. A chaque fois, je pris une mine affligé dégoulinante d’hypocrisie et je répondis que je ferais avec en me marrant intérieurement. Un boulot où on sait qu’au bout d’un certain temps on va aller voir ailleurs je trouve ça pas mal moi. Non ?

En sortant du « paquebot » je n’étais pas moins déprimé qu’en y rentrant ; tout ce que j’avais entendu ne me convaincant pas que je quittais mon poste pour quelque chose de meilleur. Privé, public, mixte, dès qu’il y a des carrières en jeu, c’est un peu pareil tout ça.

Voilà, j'espère que j'aurais suscité des vocations de futurs serviteurs de l'État qui en a bien besoin malgré tout.
J'attends toujours vos propositions de taf. Amateurs de zoophilie s'abstenir; j'ai mais limites tout de même. Quoique tout se négocie...


P.S: Passepartout est le nain de Fort Boyard à ceux qui se posent la question encore.