jeudi 13 novembre 2008

Paris est elle vraiment plus vertueuse qu'Amsterdam? Réflexion post champi


Afin de fêter dignement la bravoure de l'armée française lors de la grande guerre, mes amis, dont je vous parlerai très certainement plus longuement, et moi avons décidé nous aussi d'attaquer le front nord est. La victoire fut totale; Vendredi 7 Novembre 2008 avant même que les 12 coups de minuit retentissent nous étions tous réunis à AMSTERDAM la merveilleuse (oui le superlatif trahit mon admiration de drogué amateur).

En plus des amabilités d'usage (Jack Herrer, white widow et autres northern lights), ce voyage était pour moi l'occasion d'une grande première: tester les champignons hallucinogènes que j'appellerai dans toute la suite du récit les champis par simplification mais aussi un peu par affection. Avant d'y goûter, je n'avais pas d'avis définitif; une certaine appréhension, certes, mais une grande envie de franchir le pas initiatique. Depuis ma plus tendre enfance, j'ai toujours été attiré par le monde du non visible qui me fascinait et m'horrifiait à la fois. Je crois fermement aux forces spirituelles au monde de l'intelligible. Je trouve, de ce fait, passionnantes les tentatives artistiques, ésotériques ou méditatives afin d'y accéder.

La découverte des drogues naturelles, était pour moi en grande partie un moyen d'explorer le monde de l'invisible; cela me donne, toute proportion gardée, l'impression d'être l'héritier des prêtres primitifs qui se sont initiés il y a de cela des milliers d'années. Je trouve inouï, voire troublant, qu'il existe autour de nous des éléments naturels et donc ,s'il on est croyant, des créatures divines qui permettent de modifier notre perception du réel ou encore de faire surgir des agissements profondément enfouis en nous comme une seconde nature.
C'est aussi, je l'avoue, un moyen rapide de se faire de bons et plus ou moins longs trips entre potes.

Enfin bref, durant ce we, nous en primes deux soirs de suite avec des résultats inégaux mais agréables, en ce qui me concerne en tout cas. Nous étions dans des états seconds pendant des heures avec des notions du temps et de l'espace totalement dilatées. Lorsque nous fermions les yeux, nos hallucinations visuelles étaient tellement intenses et inédites qu'elles ne peuvent être transcrites verbalement. En gros, nous avons ,durant trois jours, circulé dans un périmètre étroit entre notre auberge (le flying pig pour les conoisseurs) et un parc mitoyen. Nous avons , tout de même, dans des élans de témérité, tenté des incursions en centre ville pour nous nourrir de burgers et déplaner tranquillement dans nos coffeshops préférés. Au final, nous nous sommes bien amusés en nous tapant de bons fous rires et avons abordé toutes sortes de sujets des plus puérils aux plus existentiels (on était notamment tous d'accord pour abandonner nos métiers actuels).
A peine revenu à Paris, le changement d'ambiance était radical; même temps de merde avec en prime contrôle de police sur le quai de la gare du Nord, saisie de mon sachet de weed et sermon moraliste. Il s'en suivit une belle manifestation de la loi de Murphy qui ne vaut pas la peine d'être évoquée. Fini la liberté mais vive Paris quand même! Je savais qu'au pire je pourrais me mettre une murge sévère en toute impunité.

Ce qui m'amène à poser, de manière plus sérieuse, la question suivante: quelle est la rationalité de l'interdiction légale des champis (entre autres) alors qu'ils sont le fruit de la nature spontanée. Des arguments faciles doivent déjà fuser dans vos têtes: danger pour soi et pour les autres, criminalité et autres chimères à la queue fourchue. Mais réfléchissez quelques secondes: croyez vous vraiment que quelqu'un qui voit le sol respirer et ses tiges de cigarettes zigzaguer en rigolant béatement soit réellement un danger imminent pour la société? Car il ne faut pas perdre de vue que le fondement de nos lois est la protection de la norme sociale. Et celle concernant les drogues douces, dans lesquelles je range les champis, me semble beaucoup plus culturelle que rationnelle. Déjà au moyen âge, on brulait, sous prétexte de sorcellerie, les paysannes et plus particulièrement paysannes qui étaient en proie à des crises de délire sous l'effet de l'ergot de seigle qui pousse sur certaines céréales. L'Europe médiévale avait dès lors oublié et récusé son passé druidique;il en est toujours de même aujourd'hui. La peur du camé a remplacé celle du sorcier.

Malheureusement, force est de constater, que même en Hollande, la tendance législative va à l'encontre de mon argumentation. Les rues du quartier rouge bruissent depuis quelques semaines à propos d'une loi qui interdirait la commercialisation des champis dans les smartshops. La pression de ses voisins européens et notamment français y est certainement pour grand chose. L'évènement déclencheur est d'ailleurs beaucoup plus proche de nous que l'on peut croire: une jeune française de 17 ans est morte en se jetant d'un pont à Amesterdam lors d'un bad trip sous champis en 2007. L'accident est certes dramatique mais n'arrive pas à m'ôter de l'esprit le fait que l'alcool, au volant ou pas, est l'une des causes de mortalité majeures dans notre pays. Et pourtant le consensus veut que tels accidents sont dus à des comportements excessifs isolés et que la clé en la matière est plus à chercher du côté de la modération individuelle que de l'intervention légale. On s'évertue même à trouver des vertus médicales à certaines variétés de vin et pourquoi pas penser que le whisky fait remonter les cours de bourse ou que la vodka aide à apprendre le russe pendant qu'on y est. Il faut dire que si le lobby des producteurs de marijuana était aussi puissant que celui de des viticulteurs l'asymétrie du discours officiel ne serait pas si flagrante. Je tiens à faire remarquer, par ailleurs, que les vertus médicinales du cannabis dans l'atténuation de la souffrance de certaines pathologies lourdes est avéré. La réalité est qu'il n'y a jamais eu autant de beuveries et de comas éthyliques en écoles et facultés; on boit parce qu'il est cool de boire jusqu'au vomi et non plus seulement par plaisir. J'ai pu le constater récemment lors de mes études . J'ai du mal à ne pas y voir un deux poids deux mesures culturel en la matière.
Plus important que cela, je trouve franchement dommage que nos sociétés prétendument positivistes ignorent de manière bornée les clés ouvrant des portes vers d'autres mondes. C'est l'occasion d'un réenchantement naturel du monde que nous négligeons, en fait.
Votre avis sur le sujet m'intéresse beaucoup.

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