jeudi 13 novembre 2008

Mes entretiens au Ministère


En quête de reconversion depuis quelque temps (ce qui n'aura pas échappé aux lecteurs les plus assidus), je me suis mis en tête qu'un emploi au ministère de l'économie et du badé financier me conviendrait peut être. Empli donc de clichés sur la fonction publique (horaires de bureaux de poste, pauses à rallonges et vacances tous les 15 jours), j'ai entamé une série d'entretiens avec des individus tous plus ternes les uns que les autres. J'ai plus, d'ailleurs, l'impression de réaliser un documentaire sur la bureaucratie française que de passer en entretien. Je devrais peut être emmener une caméra cachée la prochaine fois.

Rien que ce matin, profitant de l'absence de mes boss, j'ai eu deux entretiens. Preuve de mon extrême motivation, je suis arrivé avec 20 minutes de retard ce qui n'a pas manqué d'impacter ma ponctualité pour la seconde entrevue du coup. Belle entrée en matière. Il faut dire qu'à moins d'être l'architecte qui a construit le ministère ou Passepartout, c'est quasi impossible de se retrouver dans les dédales de Bercy; allées et bâtiments identiques, monte charges inutilisables mais ressemblant comme deux gouttes d'eau aux vrais ascenseurs et succession de panneaux tous plus elliptiques les uns que les autres (Pile7, Ascenseurs Nord, Bureaux D...) pour s'orienter.
Ah oui j'oubliais; avant d'entrer il a fallu passer par un portique magnétique gardé par les douanes au cas où un dangereux forcené viendrait essayer de braquer le temple de l'argent de l'Etat. Quoiqu'il n'est pas exclu que la vengeance de certains anciens employés aigris à force de faire la ronde des loges à paerasse soit terrible. En tout cas, vu le fatras que j'ai toujours dans mes poches (clés, briquets, capotes, vieux papiers..), il m'a bien fallu 5 minutes pour passer sous l'oeil agacé des messieurs en costume auquel j'appartiens au moment où je vous écris. Enfin bref, tout cela me donnait envie d'en être déjà.

Mon premier interlocuteur était un homme assez guindé mais dont le zézaiement le décrédibilisait totalement à mes yeux. Malgré son allure stricte, sa chemise et sa cravate roses trahissaient une certaine excentricité. Je n’irais pas jusqu’à faire une analyse de ses penchants sexuels. Le gente damoiseau au CV impressionnant par ailleurs (X, ENSAE,LES svp) me noya de concepts budgétaires et de sigles tous plus barbares les uns que les autres d’entrée de jeu. Me voyant décrocher, il essaya de m’appâter avec une note de synthèse qui aurait plongé un clerc de province dans un coma prolongé. Je dus malgré tout me ressaisir quand il commença à me poser des questions du genre : « imaginons que la croissance du PIB baisse de 1% et que le déficit budgétaire… » J’étais complètement à côté de la plaque d’autant que je m’étais engeulé avec ma copine la veille et que je préparais ce que j’allais lui balancer à la face. Néanmoins, il semblait être intéressé par mon profil (au sens figuré j’entends) mais voulait vérifier mes compétences auprès d’un de mes partons qui bien évidemment ne sont pas au courant que je cherche un nouveau travail. Je lui répondis poliment que je lui transmettrais un nom en passant en revue mes amis au boulot qui pourraient simuler être mes chefs.

Je courus, ensuite, de l’autre côté de l’allée principale pour retrouver mon second interlocuteur. Changement de style ; petit gros débraillé à l’air suffisant. Il m’expliqua longuement qu’il était en charge du financement d’une bonne partie de l’économie française à lui tout seul et que, contrairement aux autres blaireaux, lui avait des missions opérationnelles. J’eus du mal à dissimuler, l’érection qui s’en suivit. Je lui fis un topo rapide de mon parcours et lui expliquait que je ne trouvais plus de motivation dans mon job. Je lui lâchai même un « je me fais chier » afin d’introduire une pointe d’informel. Ma vraie fausse crise d’honnêteté marcha à merveille si ça vous dit de la recaser.
Intéressé aussi par ma candidature (décidément il ne leur en faut pas beaucoup), il m’emmena au bureau de sa « sous »-directrice pour prendre rendez vous. Personne n’était là bien évidemment. J’esquissai un sourire à la limite de l’effronterie. Les clichés ne sont pas si éculés finalement.

En quittant mes deux potentiels futurs chefs, je trouvais que le mec de la semaine dernière était presque funky malgré son laïus sur la solitude du macroéconomiste et mon job actuel presque pas mal.

Mais un tel job présente un avantage substantiel pour moi; il est limité dans le temps. Au cours de mes trois derniers entretiens ainsi que celui des RH, on m’expliqua que n’étant pas fonctionnaire ni issu d’un des corps de l’Etat, je ne pouvais prétendre à autre chose qu’un contrat de deux ans. A chaque fois, je pris une mine affligé dégoulinante d’hypocrisie et je répondis que je ferais avec en me marrant intérieurement. Un boulot où on sait qu’au bout d’un certain temps on va aller voir ailleurs je trouve ça pas mal moi. Non ?

En sortant du « paquebot » je n’étais pas moins déprimé qu’en y rentrant ; tout ce que j’avais entendu ne me convaincant pas que je quittais mon poste pour quelque chose de meilleur. Privé, public, mixte, dès qu’il y a des carrières en jeu, c’est un peu pareil tout ça.

Voilà, j'espère que j'aurais suscité des vocations de futurs serviteurs de l'État qui en a bien besoin malgré tout.
J'attends toujours vos propositions de taf. Amateurs de zoophilie s'abstenir; j'ai mais limites tout de même. Quoique tout se négocie...


P.S: Passepartout est le nain de Fort Boyard à ceux qui se posent la question encore.

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